La saison des pluies remet, une fois de plus, les inondations au cœur de l’actualité nationale. Dans plusieurs localités du Sénégal, des familles sont confrontées aux eaux, aux dégâts matériels et à l’angoisse de voir leurs habitations submergées. Face à cette situation, la colère des populations est légitime. Elle doit être entendue, prise au sérieux et surtout transformée en actions concrètes.
Mais dans ce contexte difficile, un autre phénomène interpelle : la tendance à faire porter aux maires l’ensemble de la responsabilité des problèmes d’assainissement dans les communes.
Certains citoyens s’en prennent directement aux autorités municipales, parfois dans un contexte fortement politisé. La critique des élus locaux est parfaitement légitime dans une démocratie. Mais encore faut-il que cette critique repose sur une connaissance précise des responsabilités et des compétences de chaque niveau de gouvernance.
L’assainissement, une problématique qui dépasse les mairies
La décentralisation a confié plusieurs compétences aux collectivités territoriales. Toutefois, les communes ne disposent pas de tous les moyens techniques, financiers et infrastructurels nécessaires pour résoudre seules la problématique des inondations et de l’assainissement.
Les grands ouvrages de drainage, les réseaux structurants, la planification urbaine, la prévention des risques et certains investissements lourds nécessitent l’intervention et l’accompagnement de l’État et de ses différents services.
Il serait donc réducteur de présenter le maire comme l’unique responsable lorsqu’un quartier est confronté aux eaux stagnantes ou aux inondations.
Il faut être honnête avec les citoyens.
Changer un maire ne suffira pas, à lui seul, à régler une problématique qui dépasse largement les capacités d’une municipalité. Si les infrastructures restent insuffisantes et si les investissements nécessaires ne sont pas réalisés, le nouveau maire héritera des mêmes difficultés que son prédécesseur.
Attention à la récupération politique
La détresse des populations ne doit pas devenir un instrument de combat politique.
Dans certaines situations, des discours peuvent contribuer à entretenir la confusion entre ce qui relève effectivement des responsabilités municipales et ce qui dépend de l’État ou d’autres structures compétentes.
Cette confusion est dangereuse. Elle empêche de poser le véritable diagnostic et détourne parfois le débat de l’essentiel : comment trouver des solutions durables aux inondations ?
Les citoyens ont besoin d’informations claires. Ils doivent savoir ce que leur commune peut faire, ce qu’elle ne peut pas faire et ce qui relève des responsabilités de l’État.
Les maires, de leur côté, doivent également rendre compte de leur gestion, expliquer les actions engagées et reconnaître les éventuelles insuffisances. La transparence doit être au cœur de la relation entre les élus et les populations.
L’État et les collectivités doivent agir ensemble
La problématique de l’assainissement ne peut être traitée par des interventions ponctuelles uniquement pendant l’hivernage.
Elle exige une politique durable : planification, entretien des réseaux, réalisation d’ouvrages adaptés, prévention, contrôle de l’occupation des zones à risque, gestion des déchets et accompagnement financier et technique des collectivités.
L’État doit donc renforcer son accompagnement auprès des municipalités. Les collectivités, pour leur part, doivent pleinement assumer les responsabilités qui leur sont transférées.
C’est à ce prix que le Sénégal pourra sortir du cycle devenu presque habituel : pluies, inondations, colère, accusations, polémique politique, puis retour à la normale jusqu’au prochain hivernage.
Ne cherchons pas seulement des responsables, cherchons des solutions
Aujourd’hui, l’urgence est ailleurs.
Elle est auprès des familles sinistrées. Elle est dans les quartiers vulnérables. Elle est dans les zones où les populations vivent chaque hivernage avec la peur de perdre leurs biens.
Le débat public doit donc dépasser les querelles partisanes. Les responsables politiques, les élus locaux, l’État, les techniciens, les organisations citoyennes et les populations doivent pouvoir travailler autour d’un même objectif : mettre en place des solutions durables contre les inondations.
La critique est nécessaire. La reddition des comptes est indispensable. Mais la désinformation et la manipulation politique ne feront pas baisser le niveau des eaux.
Le Sénégal a besoin d’un débat sérieux sur l’assainissement, fondé sur les responsabilités réelles, les moyens disponibles et les solutions à long terme.
Car demain, quel que soit le nom du maire, les mêmes quartiers resteront exposés si les causes structurelles des inondations ne sont pas traitées.
Mamadou Camara – Journaliste
Camou Communication
Kaolack
