Patrimoine bâti de l’État : Yaya Abdoul Kane révèle l’ampleur du recensement et les lourds arrivés locatifs

L’ancien directeur général de l’Agence de gestion du patrimoine bâti de l’État (AGPBE) et de la Société de gestion du patrimoine bâti de l’État (SOGEPA), Yaya Abdoul Kane, a apporté des éclairages importants sur la gestion du patrimoine immobilier public lors de son audition par la Commission d’enquête parlementaire, le jeudi 8 octobre 2026.

Au cœur de ses déclarations : l’ampleur du patrimoine immobilier de l’État, les conditions d’attribution de certains baux emphytéotiques et le poids des arriérés de loyers accumulés avant 2019.

Du recensement de 192 bâtiments à près de 2 000 biens identifiés

Revenant sur la situation du patrimoine immobilier public à sa prise de fonction en 2019, Yaya Abdoul Kane a indiqué que la base de données disponible ne recensait alors que 192 bâtiments. À la suite d’un travail de recensement, près de 2 000 bâtiments auraient finalement été identifiés.

Cette progression met en évidence l’importance de l’inventaire dans la connaissance, la gestion et la valorisation des biens appartenant à l’État. Elle soulève également des questions sur les outils de suivi, la fiabilité des données patrimoniales et les mécanismes de contrôle mis en place pour assurer une gestion plus efficace du domaine public.

Les baux emphytéotiques au centre des interrogations

L’audition a également porté sur les baux emphytéotiques concernant certains biens immobiliers de l’État, notamment dans les secteurs de la Cité Fayçal, de Mermoz et de Fann.

Selon les explications de l’ancien responsable, certains contrats présenteraient des irrégularités juridiques, notamment en raison de l’absence d’approbation formelle par décret présidentiel ou du non-respect des délais contractuels.

Il a précisé que la SOGEPA avait, dans plusieurs situations, recommandé la résiliation de contrats considérés comme non conformes. Ces déclarations replacent la sécurisation juridique des biens publics au centre du débat et posent la question du respect des procédures encadrant leur attribution.

Toutefois, les irrégularités évoquées devront être appréciées à la lumière des contrats concernés, des textes applicables et des conclusions des instances compétentes.

35 milliards de FCFA d’arriérés locatifs

Autre révélation importante : les arriérés de loyers dus par l’État avant 2019 étaient estimés à environ 35 milliards de FCFA, selon Yaya Abdoul Kane.

Un montant considérable qui illustre le poids des dépenses locatives dans les finances publiques et la nécessité de mieux maîtriser les engagements immobiliers de l’administration.

La transformation de l’AGPBE en SOGEPA devait notamment contribuer à réduire la dépendance de l’État aux locations privées, tout en favorisant une meilleure utilisation de son propre patrimoine foncier et immobilier.

La question des décisions d’attribution

Interrogé sur les mécanismes de décision liés aux baux, l’ancien directeur général a expliqué que la signature et l’octroi de certains contrats intervenaient sur la base d’instructions provenant de la Présidence de la République, qu’il a présentée comme l’autorité de tutelle.

Cette déclaration apporte un éclairage sur la chaîne de décision administrative entourant la gestion du patrimoine bâti de l’État. Elle souligne aussi l’importance de déterminer les responsabilités des différents acteurs et de vérifier la conformité des procédures suivies.

Une audition aux enjeux majeurs pour la gestion publique

À travers les éléments présentés par Yaya Abdoul Kane, la Commission d’enquête parlementaire poursuit son travail sur un dossier qui touche directement à la transparence, à la gouvernance et à la préservation des ressources publiques.

Le recensement des bâtiments, les arriérés locatifs, la régularité des baux emphytéotiques et les modalités de prise de décision constituent autant de sujets essentiels pour comprendre les difficultés de gestion du patrimoine immobilier de l’État.

Au-delà des déclarations recueillies, les conclusions de l’enquête seront déterminantes pour établir les faits, clarifier les responsabilités éventuelles et identifier les mesures nécessaires à une gestion plus rigoureuse et plus transparente des biens publics.

Mamadou Camara – Journaliste

Camou Communication – Kaolack

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