Sénégal
Avant de parler de la justice des vainqueurs, il faut d’abord la justice des victimes de Mars 2023
Par Mamadou Camara, journaliste-communicant
Les événements tragiques de mars 2023 resteront longtemps gravés dans la mémoire collective sénégalaise. Cette période sombre, marquée par des affrontements meurtriers, des arrestations massives et des destructions de biens publics et privés, a laissé derrière elle un lourd bilan humain et moral.
Deux ans après, alors que l’on évoque désormais la « justice des vainqueurs » à la faveur des recompositions politiques, une question fondamentale s’impose : qu’en est-il de la justice des victimes ?
La mémoire des martyrs, un devoir de vérité
Les familles endeuillées attendent toujours que lumière soit faite sur les circonstances exactes des morts de mars 2023. Des jeunes Sénégalais sont tombés, souvent sans arme, dans des manifestations où la répression a dépassé le seuil de la légitimité.
Ces victimes n’appartenaient à aucun camp : elles incarnaient la jeunesse désespérée d’un pays en crise de confiance.
La vérité sur leurs décès ne doit pas être négociable. Elle conditionne la réconciliation nationale, car une société sans justice pour ses morts ne peut espérer la paix durable.
Une justice à géométrie variable
Depuis ces drames, la justice sénégalaise peine à inspirer confiance. Certaines procédures ont été ouvertes, d’autres étouffées. Des victimes ou leurs proches n’ont jamais été entendus, tandis que d’anciens responsables politiques, aujourd’hui revenus en grâce, crient à la “justice des vainqueurs”.
Mais avant d’évoquer une prétendue revanche judiciaire, il faut rappeler qu’il existe une dette morale et judiciaire envers les victimes innocentes de 2023.
La crédibilité de la justice sénégalaise se mesurera à sa capacité à traiter avec équité tous les dossiers, quels que soient le rang ou le camp des protagonistes.
Le pardon passe par la vérité
Le Sénégal, pays de dialogue et de paix, ne peut se reconstruire que sur un socle de vérité et de responsabilité. La réconciliation nationale ne saurait se réduire à une alternance politique ou à une entente entre élites.
Elle passe par la reconnaissance du tort causé, la sanction des coupables, la réparation des victimes et la mémoire des disparus.
Tant que la justice des victimes n’aura pas été rendue, parler de « justice des vainqueurs » relève de la diversion.
En guise de conclusion
La grandeur d’une Nation ne se mesure pas à la force de son pouvoir, mais à sa capacité à rendre justice, même à ses plus faibles.
Rendre justice aux victimes de mars 2023, c’est rendre justice à la République elle-même.
