Kaolack – Fass Darou Ridouwane : colère, insécurité et chaos foncier dans un quartier oublié
Dix ans après le lotissement, les habitants vivent sans papiers, sans sécurité, sans eau — et dénoncent le laxisme des autorités locales.
Par Mamadou Camara, journaliste – Camou Communication
À Kaolack, le quartier Fass Darou Ridouwane est aujourd’hui au bord de l’explosion.
Depuis 2014, les habitants vivent dans une angoisse permanente, entre blocage administratif, insécurité et abandon total.
Malgré un lotissement achevé depuis plus de dix ans, aucun papier de délibération ni autorisation de construire n’a été délivré aux familles.
> « Depuis 2014, nous souffrons. Le lotissement a été fait, mais jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu de papiers pour bâtir nos concessions. Chaque fois qu’un responsable de famille veut construire, on lui interdit et on lui demande d’arrêter. Les rues sont étroites, les ruelles sont fermées. Nous avons du mal à vivre en paix », déplore un habitant excédé.
« Nous vivons parmi les serpents et les voleurs »
La situation devient dramatique. Le désordre urbanistique s’accompagne désormais d’un danger sécuritaire et sanitaire.
Les ruelles étroites et mal tracées abritent des serpents et des animaux rampants, tandis que les habitants signalent des agressions nocturnes fréquentes.
> « Nous sommes en danger ici à Fass Darou Ridouwane. Nous cohabitons avec des serpents et toutes sortes d’animaux rampants. Chaque jour, une morsure de serpent est signalée. Nous avons des enfants, des femmes qui circulent. Nous ne sommes pas en sécurité », raconte un préposé à la sécurité.
> « Chaque nuit, on entend des cris “Au voleur !”. Nos enfants et nos jeunes filles n’osent plus sortir à certaines heures pour aller à la boutique. Le quartier est devenu dangereux », ajoute un autre résident.
Témoignage : “Depuis 1994, impossible d’avoir une concession régulière”
Parmi les habitants, Mamadou Ndao, un des premiers installés à Fass Darou Ridouwane, livre un témoignage accablant :
> « Je suis un des premiers habitants du quartier. Le lotissement a été fait en 2014, et jusqu’en 2025, personne n’a encore reçu d’autorisation de construire. Si quelqu’un essaie, la Descos vient arrêter les travaux. On ne leur reproche rien, ils ne font que vérifier la légalité, mais le vrai problème se trouve au niveau des délégués de quartier et des commissions domaniales. »
Il poursuit :
> « Nos concessions sont tombées, on veut reconstruire, mais on nous en empêche. Nous vivons sans eau potable, avec seulement deux tuyaux pour tout le quartier. Les poteaux électriques sont rares et distants. Le chef de quartier interdit de construire alors qu’il ne maîtrise même pas le plan du lotissement. »
> « Lorsque je construisais, le délégué du quartier ignorait totalement le plan. Depuis 1994, personne n’a pu obtenir de concession régulière. »
Un cri d’alarme aux plus hautes autorités
Les habitants appellent à l’aide les plus hautes instances de l’État :
le Président de la République Bassirou Diomaye Diakhar Faye,
le Premier ministre Ousmane Sonko,
ainsi que le ministre en charge du domaine et les services déconcentrés de l’État.
Ils interpellent également le Gouverneur de Kaolack, le Préfet et les autorités municipales.
> « Sous l’ère du Jub, Jubal, Jabanti, le Sénégal doit dépasser certaines pratiques. Les autorités doivent être vigilantes avec les délégués de quartiers et les commissions domaniales », alerte un habitant.
Le foncier, une bombe sociale à désamorcer
La gestion du foncier à Kaolack illustre une crise nationale persistante.
Entre lenteurs administratives, lotissements mal encadrés et démolitions arbitraires, les citoyens de Fass Darou Ridouwane réclament justice, clarté et équité.
Ils demandent simplement à pouvoir vivre dignement, en paix et en sécurité, dans un quartier qui semble avoir été oublié par l’État.
