Médias au Sénégal : quand les associations de presse perdent leur boussole
Par Mamadou Camara – Journaliste à Kaolack, Camou Communication
Au Sénégal, la presse a longtemps été considérée comme le quatrième pouvoir, gardienne de la démocratie et contre-pouvoir face aux dérives politiques et institutionnelles. Pourtant, ces dernières années, un malaise profond secoue la corporation. Les associations de presse, censées défendre l’intérêt commun des journalistes, semblent s’être égarées dans des luttes d’influence et des calculs personnels.
Un échec collectif des associations de presse
Face à la multiplication des dérives médiatiques — diffamations, chantages, désinformations, manipulations — le silence ou la passivité des organisations professionnelles devient inquiétant. Ces structures, qui devraient incarner l’éthique et la déontologie, peinent à jouer leur rôle.
Certaines, instrumentalisées ou divisées, ont perdu leur crédibilité au point de ne plus représenter la majorité des professionnels. Ce constat pousse à une question essentielle : ces associations ne devraient-elles pas s’autodissoudre pour permettre une refondation du secteur ?
La nécessité d’un sursaut des organes de régulation
Le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) et les autres instances doivent assumer pleinement leur rôle. Il est urgent de remettre de l’ordre dans l’espace médiatique, de sanctionner les dérives répétées, et de réaffirmer les principes de responsabilité et d’éthique journalistique.
L’État interpellé : conditionner les aides publiques
L’État a également un rôle majeur à jouer. Il ne peut continuer à financer, par les fonds d’aide à la presse, des entreprises qui désacralisent les institutions et utilisent leurs plateformes comme instruments de chantage et de pression.
Les aides doivent être réservées aux médias crédibles, professionnels et respectueux des règles déontologiques, afin d’encourager un journalisme responsable et utile au citoyen.
Rebâtir la crédibilité de la profession
La corporation journalistique ne se reconnaît plus dans certaines associations ni dans les pratiques de certains patrons de presse. Il est temps pour les journalistes de se retrouver autour des valeurs fondatrices du métier : vérité, indépendance, honnêteté et service public.
Une refondation éthique et institutionnelle de la presse sénégalaise s’impose pour restaurer la confiance du public et redonner au journalisme sa noblesse.
