Après des années au pouvoir, rares sont les partis qui acceptent la fin d’un règne. Entre nostalgie, peur de l’oubli et crise de renouvellement, la tentation du retour devient souvent un piège politique.
Par Mamadou Camara, journaliste
Camou Communication – Kaolack
Comme tout organisme vivant, un parti politique naît, grandit, gouverne, puis décline. Son histoire se déroule souvent selon un scénario prévisible : la ferveur de la conquête laisse place à la routine du pouvoir, puis à l’usure, avant que ne vienne l’heure du départ.
La naissance est portée par une idée forte, une cause nationale ou un leader charismatique capable de cristalliser les espoirs collectifs. Puis vient la conquête : ce moment d’énergie et d’unité où le discours de rupture et de changement trouve un large écho dans la société.
Mais l’exercice du pouvoir, lui, confronte le parti à la réalité. Les promesses se heurtent aux contraintes de la gouvernance, les idéaux s’effritent face aux compromis, et la distance s’installe entre les dirigeants et leurs bases. Peu à peu, l’usure s’impose, alimentée par les tensions internes, la désillusion populaire et, parfois, les scandales.
Lorsque le pouvoir s’éloigne, c’est souvent un choc. La défaite politique est vécue comme une blessure intime, une perte de prestige et de contrôle. Beaucoup de dirigeants peinent à l’accepter, prisonniers d’une forme d’addiction au pouvoir. Gouverner procure en effet une influence et une visibilité qui deviennent difficiles à abandonner.
La peur de l’oubli hante les anciens responsables, qui confondent souvent leur destin personnel avec celui de la nation. À cela s’ajoute l’absence de relève véritable : dans les partis trop centrés sur un seul homme, aucune génération n’a été préparée à prendre la suite. La nostalgie du passé fait le reste — et pousse certains à rêver d’un retour, parfois contre toute logique politique.
Cette obsession du retour n’est pas sans risque. Elle bloque le renouvellement des idées, empêche l’émergence de nouveaux visages et divise les militants entre partisans du fondateur et adeptes du changement. En refusant de tourner la page, le parti perd en crédibilité et finit souvent par répéter les mêmes erreurs qui l’ont conduit à la défaite. Dans certains cas, la volonté de reconquérir le pouvoir « à tout prix » peut même fragiliser les institutions et nourrir la méfiance démocratique.
Pourtant, perdre le pouvoir n’est pas une tragédie. C’est une étape naturelle dans le cycle politique. Un parti mûr sait tirer les leçons de son échec, écouter le peuple et se réinventer. Il retrouve ainsi sa légitimité non pas en ressassant le passé, mais en préparant l’avenir avec lucidité.
Les formations politiques qui acceptent la fin d’un cycle avec dignité sont souvent celles qui renaissent plus fortes. Car, en politique comme dans la vie, la grandeur ne réside pas dans la durée d’un règne, mais dans la capacité à se transformer sans se renier.
