
Ignorer les hommes tombés devant la justice pour ne penser qu’au retour : un pari suicidaire
Par Mamadou Camara, journaliste – Kaolack, Camou Communication
Ignorer les hommes qu’il a laissés tomber devant la justice pour ne penser qu’à son retour : voilà le pari suicidaire qu’il s’apprête à tenter.
Mais une question demeure : qui osera encore le suivre ?
Combien n’ont-ils pas déjà tourné la page, déçus, lassés, ou brisés ?
Combien ont quitté la politique, étouffés par la désillusion et la trahison ?
Dans un contexte où ses partisans traînent des dossiers judiciaires lourds, certains chiffrés à plusieurs milliards de francs CFA, son retour n’est pas seulement risqué : il est presque irréel.
Chaque pas en avant devient une provocation, chaque initiative un défi lancé non seulement à ses adversaires, mais aussi aux lois et aux hommes qui l’entourent. Le danger n’est plus extérieur ; il s’est déjà infiltré dans son propre entourage.
Un moral à terre, une machine politique brisée
Depuis la perte du pouvoir, tout s’est fissuré :
le moral, la motivation, les soutiens financiers, les cadres, les militants.
C’est toute une famille politique dévitalisée, éparpillée, désorientée.
Les anciens bailleurs se taisent, les alliés se font rares, et les sympathisants d’hier observent désormais de loin.
Cette débâcle reste une pilule amère, difficile à avaler face aux nouveaux dirigeants qui, eux, consolident méthodiquement leur position.
Pourtant, le même réflexe demeure : ressortir les vieilles stratégies, les mêmes discours, les mêmes visages.
Une recette déjà usée pour affronter un adversaire qui, lui, a su anticiper, innover et s’adapter à la nouvelle donne politique.
Le silence des thuriféraires
Autrefois, les chants de louange emplissaient les radios, les plateaux télé et les meetings.
On y célébrait la famille, les exploits, les promesses.
Aujourd’hui, ces voix se sont tues.
Les thuriféraires, les griots et certains journalistes complaisants ont disparu du paysage médiatique, ou feignent de ne plus s’en souvenir.
Même ceux qui avaient fait de l’encens un métier esquivent désormais le nom qu’ils glorifiaient hier.
Mais ironie du sort : ce sont parfois les mêmes, ceux qui avaient déserté après la chute, qui reviennent timidement aujourd’hui, cherchant à citer à nouveau son nom — non par conviction, mais par calcul.
Leur loyauté ne vaut plus qu’un murmure.
Le poids du réel
Car la réalité est implacable.
Piloter une reconquête depuis l’étranger relève plus de la fiction que de la stratégie.
Le temps politique s’écoule, les réseaux s’effritent, la base militante se démobilise.
Les ambitions locales reprennent le dessus, et les cadres cherchent à sauver leur avenir personnel plutôt que de s’accrocher à un retour hypothétique.
Les signes d’usure sont partout :
les voix critiques se multiplient, les fidélités se fissurent, les alliances se vident de leur substance.
Ceux qui continuent d’y croire ne le font plus par foi, mais par habitude ou intérêt de survie.
L’illusion du retour
Rêver d’un retour sans se remettre en question, c’est refuser de voir les leçons de la défaite.
Persister dans les mêmes schémas, entouré des mêmes visages, c’est condamner toute tentative à l’échec.
Et surtout, ignorer les hommes qui ont payé le prix fort — ceux qui affrontent la justice, la ruine, ou l’humiliation — c’est tuer la confiance.
Le danger ne vient plus des adversaires, mais de l’intérieur même du camp, où l’amertume et la rancune ont remplacé la ferveur d’hier.
Avant de rêver d’un retour triomphal, il faudrait peut-être s’arrêter un instant et poser la seule question qui vaille :
qu’a-t-on appris de la chute ?
