Assemblée nationale :
Le 28 Novembre 2025 , le Premier ministre Ousmane Sonko fera face aux députés du peuple.
Boycott de la séance de Questions d’actualité – Entre stratégie d’opposition, malaise institutionnel et interrogation citoyenne
Par Mamadou Camara, journaliste
Camou Communication – Kaolack
À la veille de la première séance de Questions d’actualité du Premier ministre Ousmane Sonko, prévue ce vendredi 28 novembre 2025 à l’Assemblée nationale, une partie de l’opposition parlementaire a choisi la voie du boycott. Les députés non-inscrits, majoritairement, ainsi que les membres du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, ont décidé de ne pas prendre part au rendez-vous institutionnel.
Ce geste politique, lourd de symboles, relance le débat sur le rôle des élus, leur rapport au peuple, mais aussi sur la manière dont se pratique l’opposition dans une démocratie confrontée à de fortes attentes citoyennes.
Un boycott : acte politique ou calcul stratégique ?
Pour les députés concernés, l’argumentaire tourne autour de positions politiques assumées, de contestations de méthodes gouvernementales ou de désaccords profonds avec la gouvernance actuelle. Le boycott leur permet de signifier leur rupture et de marquer une distance forte avec le Premier ministre.
Mais aux yeux d’une partie de l’opinion, cette absence peut également être interprétée comme un refus d’affronter le débat, un retrait au moment même où l’opposition devrait questionner, confronter, proposer et représenter la voix des citoyens.
Une Assemblée nationale privée d’un de ses rôles essentiels
La séance de Questions d’actualité n’est pas un rituel vide. Elle constitue l’un des rares espaces où le gouvernement doit rendre compte en temps réel, face aux élus, des préoccupations urgentes du pays.
En se retirant de cette tribune :
l’opposition se prive d’une occasion unique de porter les problèmes du terrain ;
le Premier ministre échappe, en partie, à une contradiction directe ;
l’institution parlementaire perd de sa vitalité démocratique.
Le boycott devient alors un double tranchant : contestation légitime d’un côté, affaiblissement de la mission parlementaire de l’autre.
Peur du débat ou stratégie de sabotage ?
La question se pose, elle est même sur toutes les lèvres :
Pourquoi boycotter un espace où l’on peut mettre le gouvernement face à ses responsabilités ?
Est-ce une peur du débat direct, où les arguments doivent être solides et précis ?
Ou un sabotage calculé, destiné à délégitimer la séance et à réduire son impact politique ?
Ou encore une manière de créer un incident institutionnel pour faire passer un message plus large à l’opinion publique ?
Les députés ont-ils le droit de manquer à leur devoir de représentation ?
C’est ici que la question devient éthique.
Les élus sont envoyés à l’Assemblée pour porter la voix du peuple, surtout celle des “sans voix”, ceux qui n’ont que leurs représentants pour exprimer leurs souffrances, leurs attentes et leurs inquiétudes.
S’abstenir, s’absenter, boycotter, est-ce un droit ? Oui.
Est-ce nécessairement un acte responsable ? Cela dépend du contexte, et surtout du bénéfice réel pour le citoyen.
L’opposition, pour exister, n’a pas seulement besoin de protester : elle doit aussi participer, débattre, proposer, interroger et mettre la pression institutionnelle là où elle compte vraiment.
Conclusion : un boycott qui ouvre un débat national
La décision de ces députés relance la réflexion sur la manière dont se construit l’opposition au Sénégal.
Le boycott peut être un signal politique fort, mais il peut aussi être perçu comme une fuite des responsabilités.
Le véritable enjeu reste le même :
Comment faire vivre une démocratie où chaque camp joue pleinement son rôle, dans l’intérêt supérieur du peuple ?
