Assemblée nationale du Sénégal : Absenteisme volontaire des députés , il est temps d’agir

Le statut de député, issu du suffrage universel direct, confère à chaque élu une responsabilité fondamentale : représenter la Nation, participer aux travaux législatifs et contrôler l’action du gouvernement. Mais lorsque certains parlementaires choisissent délibérément l’absentéisme volontaire, boycottent les plénières ou désertent les commissions, un problème grave se pose : celui de la trahison du mandat confié par le peuple.

 

Un mandat sacré, des obligations ignorées

 

Chaque député prête serment devant la République. Il s’engage à être présent, à débattre, à voter, à défendre les intérêts de ses électeurs. Pourtant, certains élus transforment ce mandat en poste de présence fictive, profitant pleinement :

 

de leurs indemnités mensuelles,

 

de leurs avantages matériels,

 

de leur immunité parlementaire,

 

de leur statut social,

sans pour autant fournir le travail attendu.

 

À la veille de chaque élection, les mêmes reviennent dans les quartiers et les villages pour solliciter les suffrages, promettant proximité et engagement. Mais une fois élus, le peuple n’obtient que silence, absence et duperie.

 

L’absentéisme n’est pas un acte politique : c’est un abus

 

Il existe des boycotts ponctuels ayant un sens politique clair. Mais lorsqu’un boycott devient systématique, qu’un élu se comporte en fuyard, qu’il évite le débat ou fuit le contrôle parlementaire, alors il ne s’agit plus d’une stratégie : c’est un abus de position.

Et cet abus porte préjudice :

 

au fonctionnement correct du Parlement,

 

à l’efficacité de la production législative,

 

à la crédibilité de la démocratie sénégalaise.

 

Il est temps de légiférer : radier, remplacer, responsabiliser

 

Aucun secteur de la vie professionnelle n’accepterait un travailleur toujours absent et pourtant payé. Pourquoi la République devrait-elle le tolérer pour ceux qui la représentent ?

 

Plusieurs réformes courageuses s’imposent :

 

1. Suspension automatique des indemnités

 

Toute absence non justifiée lors des plénières ou commissions doit entraîner :

 

la suppression immédiate des indemnités mensuelles,

 

la perte des avantages liés à la fonction.

 

Un député absent ne doit pas être un député payé.

 

2. Loi de radiation pour absentéisme récurrent

 

Au-delà d’un certain seuil d’absences injustifiées — par exemple 20 % des sessions sur une année parlementaire — l’élu doit être :

 

radié de l’Assemblée nationale,

 

remplacé automatiquement par le suppléant ou par une nouvelle élection partielle.

 

 

C’est la règle dans plusieurs démocraties avancées.

 

3. Transparence obligatoire

 

La publication trimestrielle :

 

des présences,

 

des votes,

 

des participations en commission

 

doit être imposée pour permettre aux citoyens d’évaluer le rendement de leurs représentants.

 

4. Limitation stricte de l’immunité parlementaire

 

Certains députés n’utilisent l’immunité que comme bouclier personnel.

Il est temps de restaurer l’esprit républicain en revoyant les conditions de levée de l’immunité pour éviter les abus.

 

Le Parlement doit se protéger de lui-même

 

Les députés réellement engagés doivent cesser de couvrir les absents.

Ils doivent :

 

se lever contre les pratiques qui déshonorent l’institution,

 

demander des sanctions exemplaires,

 

refuser que la paresse d’une minorité ternisse le travail de la majorité.

 

La défiance envers la classe politique au Sénégal ne naît pas du hasard : elle s’alimente du constat que certains élus ne rendent pas le travail pour lequel ils ont été mandatés.

 

Conclusion : La République mérite mieux

 

La démocratie sénégalaise ne peut progresser avec des élus fantômes.

Le peuple mérite des représentants présents, compétents, engagés.

Rien n’est plus urgent que de mettre fin à l’impunité parlementaire et à l’absentéisme volontaire qui affaiblissent la confiance publique.

 

Voter une loi sanctionnant l’absentéisme, suspendant les indemnités et permettant la radiation des députés défaillants serait une réforme historique — un signal fort envoyé au peuple : la démocratie, ce n’est pas un privilège, c’est un devoir.

 

Mamadou Camara, journaliste Kaolack

 

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