Par Mamadou Camara, journaliste
Kaolack
Au Sénégal, un constat s’impose de plus en plus clairement : dans plusieurs médias, une seule émission semble exister. Et elle est… politique. Toujours politique. Sans pause, sans nuance, sans respiration.
À force de tourner en boucle sur les mêmes sujets, les mêmes invités, les mêmes querelles partisanes, certains journalistes donnent l’impression de n’avoir qu’un seul registre. Résultat : une lassitude profonde gagne les auditeurs et téléspectateurs. Beaucoup n’y voient plus un espace d’information, mais un théâtre où se jouent manipulation, attaques personnelles et palabres interminables.
Pourtant, l’actualité nationale regorge de sujets essentiels que le public attend, que le pays exige.
Dans quelques jours, la campagne de commercialisation de l’arachide s’ouvrira, avec un prix au producteur fixé à 305 francs CFA.
Cette année, l’État a clairement tracé sa feuille de route :
encourager la transformation locale,
promouvoir la semi-transformation artisanale et industrielle,
renforcer les huileries,
organiser les exportations,
et valoriser une production record.
Voilà des sujets stratégiques pour l’économie nationale. Voilà de la matière, du contenu, du concret.
Mais non : certains journalistes semblent préférer tourner le dos à tout cela, pour ne s’accrocher qu’à une seule ligne éditoriale — l’obsession politique.
Un schéma répétitif : un invité, toujours le même profil, et un débat où l’on tente plus de nuire que d’éclairer. On dirait que tout se résume à : “Amérique, Sonko, ndigal, Sonko rek…”
Pendant ce temps, les questions de développement, d’environnement, de géopolitique, de culture, de territoires, sont désertées.
Et c’est là que le malaise s’installe : cette génération de journalistes semble n’avoir rien retenu des doyens.
Le journalisme ne se pratique pas dans une chambrette, à tympaniser le public.
Le journalisme se vit sur le terrain : descendre dans les contrées, capter la vie réelle, toucher le Sénégal profond.
Soyons clairs : les journalistes professionnels, dignes et respectueux de leur métier, connaissent parfaitement la dérive actuelle. Mais ils n’ont pas le temps de s’attarder sur des confrères et consœurs qui transforment la profession en outil personnel.
Le journalisme n’est ni un commerce ni un tremplin d’enrichissement.
C’est une passion, une exigence éthique, une déontologie.
C’est un rôle de veille, d’alerte, de sentinelle de la démocratie.
Mais cette vigilance ne pourra prospérer sans une volonté politique forte, capable de soutenir un environnement médiatique plus sain et plus équilibré.
Aujourd’hui, faites le tour du pays : dans de nombreuses localités, les Sénégalais n’allument plus la radio comme avant. Les éditions matinales ne sont plus ce moment d’apprentissage, de connaissance, de découverte qu’elles étaient autrefois. Ils décrochent. Ils changent de fréquence. Ils ferment les écrans.
Pourtant, il existe des modèles inspirants.
Il suffit de copier l’exemple du Groupe SYD Communication, qui prouve chaque jour que professionnalisme, rigueur et diversité éditoriale peuvent encore exister dans le paysage audiovisuel sénégalais.
Le Sénégal mérite mieux.
Le public mérite mieux.
Et notre profession mérite infiniment mieux.
J’ assume
