Sonko–Mame Mbaye Niang
Réouverture judiciaire, onde de choc politique et test majeur pour l’État de droit
Par Mamadou Camara, journaliste
Camou Communication
La réouverture annoncée du dossier opposant Ousmane Sonko à Mame Mbaye Niang, autour de la gestion du Programme des domaines agricoles communautaires (Prodac), remet sur le devant de la scène l’une des affaires politico-judiciaires les plus sensibles de ces dernières années au Sénégal. Bien au-delà d’un simple contentieux pour diffamation, ce dossier cristallise des enjeux lourds : crédibilité de la justice, responsabilité des gouvernants et mémoire politique récente du pays.
Au cœur de l’affaire, des accusations publiques portées par Ousmane Sonko contre Mame Mbaye Niang, qu’il accusait de graves irrégularités financières sur la base présumée d’un rapport de l’Inspection générale des finances. Ces déclarations lui avaient valu une condamnation pour diffamation, décision judiciaire devenue un tournant majeur de sa trajectoire politique, notamment en raison de ses conséquences sur son éligibilité à la présidentielle.
Aujourd’hui, la perspective d’une réouverture change profondément la donne. Sur le plan judiciaire, elle pose une question centrale : la justice sénégalaise peut-elle revisiter sereinement un dossier aussi politisé sans fragiliser davantage la confiance des citoyens ? La révision d’un arrêt définitif est une procédure exceptionnelle, strictement encadrée. Si elle est acceptée, elle ouvrirait la voie à un nouvel examen des faits, notamment sur l’existence ou la portée réelle des documents évoqués à l’époque. En revanche, un rejet confirmerait la solidité juridique de la décision initiale et fermerait définitivement ce chapitre sur le plan judiciaire.
Politiquement, les répercussions sont immédiates. Pour Ousmane Sonko et ses partisans, cette réouverture est perçue comme une opportunité de réhabilitation et comme la reconnaissance implicite que le dossier n’était peut-être pas aussi clos qu’annoncé. Elle nourrit le discours d’une justice longtemps instrumentalisée contre un opposant devenu aujourd’hui un acteur central du pouvoir. Pour ses adversaires, au contraire, elle soulève le risque d’une relecture politique de décisions judiciaires rendues au nom du peuple sénégalais.
Le cas Mame Mbaye Niang, lui aussi, revient sous les projecteurs. Ancien ministre, il se retrouve de nouveau exposé à un débat public où se mêlent réputation personnelle, gestion des fonds publics et responsabilité politique. Même sans condamnation pénale, l’ombre du Prodac continue de peser, rappelant combien la question de la reddition des comptes reste sensible dans l’opinion.
Au-delà des deux hommes, c’est l’institution judiciaire qui se retrouve au centre du jeu. Cette affaire agit comme un révélateur des attentes populaires : transparence, équité et cohérence. Toute décision à venir sera scrutée, commentée et interprétée à l’aune du passé récent, marqué par de fortes tensions politiques et sociales.
En définitive, la réouverture du dossier Prodac n’est pas seulement un rebondissement judiciaire. Elle est un moment politique à part entière, un test de maturité pour la démocratie sénégalaise. Quelle que soit l’issue, elle laissera une empreinte durable sur la relation entre justice et politique, et sur la perception que les citoyens se font de l’État de droit.
