Arachide : La grande colère à Taïba Niassène contre la taxe de 40 FCFA

Arachide : la colère gronde à Taïba Niassène contre la taxe de 40 FCFA

 

Les producteurs réclament la levée des restrictions à l’exportation et alertent sur un risque de paralysie du marché

 

Taïba Niassène, commune emblématique du bassin arachidier située dans la région de Kaolack, a été le théâtre d’une forte mobilisation paysanne le dimanche 14 décembre 2025. Les producteurs d’arachide ont organisé un sit-in symbolique, arborant des brassards rouges, pour dénoncer la taxe de 40 FCFA appliquée par l’État sur le kilogramme d’arachide, dont le prix officiel est fixé à 305 FCFA.

 

Selon les manifestants, cette mesure fiscale pénalise lourdement la filière en freinant l’exportation et en fragilisant davantage les revenus déjà précaires des producteurs. « Avec cette taxe de 40 FCFA par kilogramme, les exportateurs ne peuvent plus opérer correctement. Nous demandons à l’État d’exonérer ces charges afin de permettre au marché de fonctionner normalement », a plaidé Amath Diakhaté, porte-parole des producteurs.

 

Il soutient que la campagne en cours a enregistré une production exceptionnelle, estimée à plus de 1,5 million de tonnes, alors que les besoins du marché intérieur ne dépassent pas 600 000 tonnes. « Cela signifie qu’un surplus d’environ 900 000 tonnes doit impérativement être exporté. Sans les exportateurs, les producteurs restent avec leurs stocks invendus et vivent dans l’attente permanente d’un créancier », a-t-il déploré.

 

Les paysans rappellent également le rôle économique majeur que jouait autrefois Taïba Niassène dans la transformation artisanale de l’arachide. « Avant, près de 22 000 personnes gagnaient quotidiennement leur vie grâce à cette activité, avec un chiffre d’affaires mensuel avoisinant 3,3 milliards de FCFA. Aujourd’hui, on peine à écouler 20 kilogrammes d’arachide », a dénoncé M. Diakhaté, évoquant une situation de quasi-asphyxie économique.

 

Pour sa part, Habib Thiam, président du Copéga, estime que si rien n’est fait, le marché risque de se bloquer durablement. Il plaide pour la suppression pure et simple de la taxe à l’exportation afin de rééquilibrer l’offre et la demande. « Quand l’offre dépasse largement la demande, les prix chutent. Dans le monde rural, l’arachide se vend aujourd’hui à 250 FCFA au maximum, alors que le prix officiel est de 305 FCFA. C’est une incohérence totale », a-t-il fustigé.

 

Il critique également les projections budgétaires liées à cette taxe. « L’État espère mobiliser environ 9 milliards de FCFA, mais en réalité, il empêche le producteur de vendre à un prix juste. Nous ne sommes pas contre la taxe en soi, à condition qu’elle puisse être supportée par le marché. Dans le cas contraire, elle devient contre-productive », a-t-il expliqué.

 

Les producteurs ont enfin exprimé leur amertume face à l’absence du ministre de l’Agriculture sur le terrain. « Depuis sa nomination, il n’a jamais effectué de visite à Taïba Niassène. Pourtant, on ne peut pas parler de capitale arachidière sans citer Touba et Taïba. Aujourd’hui, la taxe a plongé la localité dans le chômage, poussant de nombreux jeunes à l’exode », a regretté Aliou Taby Thiam, appelant le Président de la République et le Premier ministre à revoir la politique actuelle.

 

La mobilisation a réuni des producteurs venus de plusieurs localités voisines, notamment Dinguiray, Keur Madiabel et Nioro, traduisant l’ampleur du malaise qui traverse l’ensemble de la filière arachidière.

 

Par Mamadou Camara, journaliste

Camou Communication

Kaolack

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