Sénégal :quand la politique perd son âme et sa rigueur

Sénégal : quand la politique perd son âme et sa rigueur

Du militant idéologique au politicien de circonstance, le grand recul du débat politique sénégalais

Au Sénégal, le landerneau politique semble aujourd’hui envahi par des politiciens de circonstances, plus soucieux de visibilité médiatique que de cohérence idéologique ou de profondeur intellectuelle. Une situation qui tranche nettement avec une époque pas si lointaine où la politique était un espace de formation, de réflexion et de confrontation d’idées structurées.

À l’époque, des partis comme le Parti socialiste, And-Jëf, la Ligue démocratique, le Parti de l’Indépendance et du Travail (PIT), entre autres, accordaient une place centrale à la formation idéologique de leurs militants. À la base comme au sommet, chaque militant savait ce qu’il disait, ce qu’il défendait et, surtout, pourquoi il le défendait. Le projet de société, le programme politique et la ligne idéologique n’étaient pas des slogans vides, mais des repères clairs.

Les débats étaient alors d’un haut niveau intellectuel, portés par des acteurs politiques dont l’éloquence, la rigueur argumentative et la maîtrise des enjeux forçaient le respect. Des figures comme Babacar Sané, Mamadou Diop dit Castro, Abdoulaye Bathily de la LD, Mahmoud Diop, Moustapha Niasse de l’AFP, Marie Angélique, son époux Landing Savané, Ousmane Sarr, feu Djibo Leyti Ka, pour ne citer que ceux-là, incarnaient une politique de conviction, de pédagogie et de responsabilité. On les écoutait non par militantisme aveugle, mais par admiration pour la qualité du verbe et la solidité des idées.

Aujourd’hui, ces débats de fond sont devenus rares. L’arène politique est de plus en plus occupée par des chroniqueurs improvisés et des nouveaux venus qui se prennent pour de grands intellectuels, alors que leurs interventions suscitent souvent plus de moquerie que d’adhésion. Beaucoup parlent sans maîtriser les fondamentaux, confondent agitation et engagement, vacarme médiatique et influence politique.

Le constat est d’autant plus regrettable que certains responsables et militants ne connaissent même pas l’idéologie de leur propre formation politique. Comment défendre un projet que l’on ne comprend pas ? Comment convaincre sans arguments ? Comment prétendre gouverner sans vision claire ?

Il devient urgent de recréer les écoles du parti, véritables creusets de formation idéologique, politique et communicationnelle. La nouvelle génération de responsables et de militants doit être formée à la communication politique, à l’analyse des enjeux nationaux et internationaux, à l’histoire politique du Sénégal et aux mutations contemporaines du pouvoir et de la société.

La politique n’est ni un jeu de hasard ni un exercice de tâtonnement permanent. C’est une science, avec ses méthodes, ses règles et ses exigences. Certes, les données politiques évoluent avec le temps, mais cette évolution rend justement la formation encore plus indispensable. On ne s’improvise pas leader, stratège ou porte-parole du peuple.

Le militantisme ne se résume pas à crier plus fort que l’autre ou à s’enliser dans des débats stériles qui tympanisent l’opinion sans l’éclairer. Militer, c’est comprendre, expliquer, convaincre et proposer.

Il est donc temps d’arrêter de jouer avec la politique. Le Sénégal mérite un débat public sérieux, structuré et responsable, à la hauteur des défis économiques, sociaux et institutionnels auxquels le pays est confronté. Restaurer la noblesse de la politique passe inévitablement par la formation, la rigueur intellectuelle et le respect des idéologies.

Par Mamadou Camara

Journaliste / Communicant

Kaolack

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