Quatre heures d’antenne avec le maire Serigne Mboup, un exercice de communication critiqué par une partie des citoyens
Kaolack a vécu une longue séquence médiatique à l’occasion de la participation du maire, Serigne Mboup, à une émission radiotélévisée diffusée sur TVS Saloum, en synchronisation avec Univers FM Dakar. Une émission exceptionnelle, tant par sa durée – près de quatre heures d’horloge – que par la portée symbolique du message que l’édile a souhaité transmettre.
Vêtu du maillot de l’équipe nationale du Sénégal, le premier magistrat de la ville a tenu à féliciter les Lions pour leur victoire inaugurale à la CAN 2025 face au Botswana (3-0). Un geste fortement apprécié sur le plan symbolique, mais qui n’a pas suffi à dissiper les nombreuses interrogations soulevées par le contenu et le format de l’émission.
Autour du maire, plusieurs adjoints se sont succédé sur le plateau, notamment ceux en charge des compétences transférées. Le Secrétaire général de la mairie, Mbaye Ngom, a apporté des éclairages sur les grands chantiers municipaux, les subventions destinées aux ASC et aux clubs sportifs, ainsi que sur les projets de construction de terrains de proximité. Il a reconnu que les contraintes budgétaires actuelles imposent des choix difficiles. Cette année, certains clubs ne bénéficieront pas de subventions, avec l’espoir d’un rattrapage ultérieur.
Dans la même dynamique, le maire Serigne Mboup a assumé une ligne de rigueur budgétaire :
« J’ai demandé aux ASC et aux clubs de présenter des projets solides, bien ficelés sur le plan fiscal, pour accéder aux financements. Distribuer de l’argent sans projets fiables ne mène à rien. »
Sur le plan financier, l’adjoint au maire chargé de la Santé, Dr Mbaye Gueye, s’est félicité de la démarche participative ayant précédé le vote du budget 2026. Des forums citoyens ont été organisés dans les quartiers afin de recueillir les préoccupations des populations, donnant naissance, selon lui et le maire, à un budget « bien travaillé » et plus en phase avec les attentes locales.
Toutefois, la municipalité reconnaît une baisse significative de ses ressources. Le budget est passé d’une estimation initiale de 8 milliards de FCFA à environ 7 milliards sur la période considérée. Une diminution largement attribuée aux opérations de désencombrement, lesquelles ont entraîné la suppression de certaines sources de revenus pour la commune.
D’autres adjoints, notamment Ndeye Lobe Lam, la première adjointe au maire Mme Ndiaya Mbow, Madjiguène Diouf (assainissement et hygiène publique), Mme Tall Yaye Ndiaya Mbow ou encore Astou Sarr, ont défendu les réalisations de leurs secteurs respectifs, mettant en avant les efforts consentis malgré un contexte financier particulièrement contraignant.
Mais au-delà des interventions, les critiques n’ont pas tardé à émerger. De nombreux observateurs ont estimé qu’une large partie de l’émission – près de trois heures – a été consacrée aux modèles économiques de pays comme la Malaisie et Singapour, ainsi qu’aux expériences liées à Koki. Un choix éditorial jugé excessif par une frange de l’opinion, qui y voit une occasion manquée de présenter un bilan à mi-parcours de l’équipe municipale et de détailler les projets concrets destinés à Kaolack.
Sur les réseaux sociaux comme dans les discussions citoyennes, un argument est revenu avec insistance :
ce ne sont ni les Malaisiens ni les habitants de Koki qui voteront aux élections locales de 2027, mais bien les Kaolackois qui ont porté l’actuelle équipe municipale au pouvoir en 2022.
D’autres critiques ont ciblé le format même de l’émission, jugé trop long et insuffisamment structuré. Plusieurs citoyens ont appelé à un protocole médiatique plus professionnel, davantage orienté vers les préoccupations immédiates des populations. Beaucoup attendaient des réponses précises sur les réalisations effectives de la municipalité, les projections budgétaires pour 2026, ainsi que sur des dossiers majeurs peu ou pas évoqués.
Parmi ces sujets figurent notamment le budget participatif, le partenariat institutionnel entre la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture (CCIA) de Kaolack et la Chambre des métiers, les grands chantiers engagés pour améliorer l’image de la commune, l’éclairage public, les financements destinés aux femmes, le volet social, l’attribution de parcelles aux citoyens, la problématique du dragage du port fluvial du Saloum, la situation des marchés, la souveraineté économique locale, la formation des élus, la proximité entre élus locaux et foyers religieux, ou encore le statut juridique des travailleurs municipaux et de TVS.
Ont également été évoquées, dans les critiques citoyennes, les accusations de sabotages et de manœuvres attribuées à des tiers pour entacher le bilan de l’institution municipale, ainsi que la dénonciation de ce que certains qualifient de « fossoyeurs du développement local et de la démocratie locale » et d’un acharnement politique contre le maire.
Autant de thématiques majeures qui, selon de nombreux observateurs, méritaient un débat de fond, structuré et contradictoire, afin de convaincre les indécis et les citoyens susceptibles d’accorder un second mandat au maire de Kaolack.
En définitive, cette émission marathon aura permis au maire de Kaolack d’exposer sa vision et ses références internationales. Mais elle aura également mis en lumière un certain décalage entre le discours stratégique et les attentes locales. En matière de communication politique et de marketing institutionnel, la concertation, la collégialité avec les adjoints et l’ancrage dans le vécu quotidien des populations demeurent des exigences essentielles, surtout à l’approche d’échéances électorales.
Par Mamadou Camara
Journaliste
Camou Communication – Kaolack
