
Matar Sène, le gardien du temple et la plume qui monte la garde
Je ne connais pas Matar Sène. Ni d’Adam, ni d’Ève. Je ne l’ai jamais croisé dans une rue poussiéreuse de Dakar. Je ne connais de lui que ce que la rumeur militante consent à livrer : fondateur de PASTEF, fidèle parmi les fidèles, loyal jusqu’à l’os à Ousmane Sonko. Une figure respectable, une carte de visite honorable, presque mythique dans l’univers patriote.
Et pourtant, à la lecture de son récent texte sur Mimi Touré, Matar Sène apparaît sous un jour familier : celui du sentinelle idéologique, du vigile politique chargé de surveiller les frontières du récit officiel. Une plume en faction, doigt sur la gâchette lexicale, prête à tirer sur toute parole jugée déviante.
Son texte est long, grave, solennel. Trop peut-être. On y parle de chaos, d’ombre du passé, de menace sur la stabilité nationale. Rien que ça. Mimi Touré n’est plus une actrice politique : elle devient un péril, une entreprise subversive à elle seule, une pyromane en tailleur qui soufflerait sur les braises de la République pour sauver ce qu’il resterait de sa carrière.
Le procédé est connu. Il est ancien comme la politique elle-même : disqualifier l’adversaire non par le débat, mais par l’intention. Mimi Touré ne parle pas : elle manœuvre. Elle n’analyse pas : elle complote. Elle ne s’inquiète pas : elle divise. Tout est psychologisé, tout est suspect, tout est ramené à une seule motivation mesquine, survivre politiquement.
Dans cette pièce bien huilée, Sonko et Diomaye deviennent des figures quasi sacrées, intouchables, indiscutables, condamnées à l’unité éternelle sous peine de blasphème politique. Quiconque ose interroger, nuancer, questionner cette relation est immédiatement rangé dans le camp des saboteurs de la nation.
Matar Sène écrit comme on ferme les rangs. Il ne plaide pas : il siffle la fin de la récréation. Il n’argumente pas : il rappelle à l’ordre. Et c’est là que le texte devient intéressant, presque malgré lui.
Car sous ce discours enrobé de République, de stabilité et de Sénégal 2050, se cache une inquiétude profonde : la peur de la fissure. La peur que le duo Sonko–Diomaye, présenté comme indépassable, devienne humain, donc discutable. La peur que le débat politique reprenne ses droits, même au sein de la “famille”.
Matar Sène ne défend pas seulement Sonko et Diomaye. Il défend une orthodoxie. Un récit verrouillé. Une lecture autorisée de l’histoire récente.
Dans ce monde-là, Mimi Touré n’est pas dangereuse parce qu’elle a tort, elle est dangereuse parce qu’elle parle. Parce qu’elle rappelle que la politique n’est pas un monastère, mais une arène. Parce qu’elle trouble le silence religieux que certains voudraient imposer autour du pouvoir nouveau.
Ironie de l’histoire : ceux qui hier combattaient la pensée unique au nom de la rupture, semblent aujourd’hui redouter la pluralité des voix. Comme si la contestation n’était vertueuse que lorsqu’elle venait d’en bas, jamais lorsqu’elle frôle le sommet.
Matar Sène conclut en appelant Diomaye à “siffler la fin du brouillard”. Mais à force de vouloir dissiper toute brume, on risque d’éteindre la lumière du débat. À force de voir des complots partout, on finit par confondre vigilance et fébrilité.
Le Sénégal sort d’une crise, oui.
Mais il n’est pas sorti de la politique.
Et la politique, la vraie, n’est ni une caserne ni une chapelle. Elle est conflit d’idées, désaccords assumés, contradictions vivantes. Vouloir la réduire à une unanimité de façade, c’est préparer les frustrations de demain.
Matar Sène écrit en fidèle. C’est son droit.
Mais l’histoire enseigne une chose : les révolutions ne meurent pas toujours de leurs ennemis. Parfois, elles étouffent sous la ferveur excessive de leurs gardiens.
L’histoire jugera sévèrement ceux qui, au nom de l’unité, auront préféré le silence au débat.
Malick BA
Le texte de Matar Séne. Voici le lien
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