Les opérateurs privés stockeurs et transporteurs lancent un mot d’ordre de grève illimitée
Conditions de prélèvement contestées, lenteurs de déchargement et arriérés estimés à près de 200 milliards de FCFA
Kaolack – La Fédération Nationale des Opérateurs Privés du Sénégal / Transport (FNOPS/T) a tenu un point de presse pour alerter l’opinion publique et les autorités sur la situation jugée alarmante de la campagne de commercialisation de l’arachide. Celle-ci est marquée par de graves problèmes de financement, des lenteurs excessives dans le déchargement des camions et une dette globale estimée à près de 200 milliards de FCFA.
Un décret jugé caduc et un changement unilatéral contesté
Selon Cheikh Tall membre du bureaunational et chargé de la communication au niveau de la zone centre : » Le décret n°165/88, qui régissait le système de prélèvement, est aujourd’hui caduc et ne peut plus être appliqué par aucune des parties.
« C’est la raison pour laquelle nous fonctionnons depuis plusieurs années sur la base du consensus. Le mode de prélèvement n’a jamais changé, que ce soit à la Sonacos de Lyndiane, Diourbel, Ziguinchor, Kolda ou ailleurs. Le système de paiement est le même partout », a-t-il expliqué.
Toutefois, les opérateurs disent avoir constaté, depuis jeudi dernier, un changement unilatéral du mode de prélèvement exclusivement à l’usine de la Sonacos de Lyndiane, à Kaolack. Une décision que la FNOPS/T rejette catégoriquement.
« Nous disons non à ce changement qui rompt l’équité et les accords de travail établis », a martelé Cheikh Tall.
Retards de paiement et lenteurs de déchargement
Les opérateurs dénoncent également de grands retards dans les paiements, alors qu’une enveloppe financière d’environ 20 milliards de FCFA a déjà été mobilisée par les opérateurs pour l’achat des graines auprès des producteurs. À ce jour, selon la FNOPS/T, la Sonacos n’a versé que 7 milliards de FCFA au niveau national.
Sur le plan opérationnel, les lenteurs dans le déchargement des camions aggravent la situation. Dans le système dit « carreaux usine », les camions ne devraient pas rester immobilisés plus de deux jours. Or, sur le terrain, certains véhicules attendent jusqu’à dix jours avant de décharger.
« Le manque à gagner est énorme pour les opérateurs et les transporteurs. Avec la livraison directe en carreaux usine, on ne devrait pas enregistrer de tels retards dans l’acheminement des graines vers les huileries », déplore la FNOPS/T.
Une dette globale proche de 200 milliards de FCFA
Prenant la parole, El Hadji Bou Goumballa, président régional de la FNOPS/T de Kaolack, a détaillé l’ampleur de la dette :
« La dette globale frôle aujourd’hui les 200 milliards de FCFA. Sur ce montant, 64 milliards de FCFA concernent la période 2024–2025, correspondant essentiellement aux reliquats des campagnes précédentes. À cela s’ajoute une projection de 130 milliards de FCFA pour l’année 2025, ce qui asphyxie financièrement les opérateurs. »
Depuis le démarrage officiel de la campagne, le 8 décembre 2025, les opérateurs affirment avoir poursuivi les déchargements dans plusieurs sites, notamment à Louga, Lyndiane, Ziguinchor et Diourbel, malgré l’absence d’avances sur factures et de financements adéquats.
À ce jour, les huileries ont réceptionné environ 43 000 tonnes de graines au niveau national, dont 15 000 tonnes à Lyndiane. Parallèlement, les opérateurs ont déjà payé aux producteurs près de 60 000 tonnes de graines en seulement quinze jours, pour un montant estimé à 20 milliards de FCFA.
Grève illimitée et appel aux autorités
Face à cette situation jugée intenable, les opérateurs privés de stockage et les transporteurs membres de la FNOPS/T ont décidé de déclencher une grève illimitée.
Ils n’excluent toutefois pas l’ouverture de discussions avec la tutelle et la direction générale de la Sonacos afin de trouver des solutions urgentes et consensuelles, dans l’objectif d’assurer le bon déroulement de la campagne de commercialisation.
La FNOPS/T appelle ainsi l’État et les autorités compétentes à :
apurer les arriérés de paiement ;
harmoniser les conditions de prélèvement ;
accélérer les opérations de déchargement ;
restaurer un climat de confiance entre opérateurs, transporteurs et huiliers.
Autant de mesures jugées indispensables pour préserver la chaîne arachidière et l’économie nationale.
Par Mamadou Camara
Journaliste – Kaolack
