PRODAC : le fugitif , la facture avant ke chanter et la vérité en retard de paiement Par Malick Bâ, journaliste

PRODAC :

 

Il y a des hommes politiques qui disparaissent dans le silence. Et puis il y a Mame Mbaye Niang, fugitif à géométrie variable, omniprésent sur les plateaux mais introuvable devant la justice, qui parle beaucoup pour surtout ne rien dire ou dire trop, et mal. Un bavardage télévisuel en guise de fuite en avant, servi chaque matin sur la télé des kulunas, avec pour mission sacrée : embrouiller le peuple avant le café.

Dernière sortie en date : l’ancien ministre, cravate droite et mémoire en vrac, jure ses grands dieux administratifs qu’il n’a jamais été ordonnateur, ni tutelle technique, ni tutelle financière du PRODAC. Autrement dit : il était ministre, mais pas responsable ; chef, mais pas capitaine ; signataire, mais pas comptable. Un ministre décoratif, version pot de fleurs républicain.

 

Sauf que le rapport de l’IGF, ce document têtu qui refuse de se laisser effacer par les discours, raconte une autre histoire. Une histoire de gestion calamiteuse, de failles lourdes de conséquences financières, d’amateurisme époustouflant dans la manipulation de nos deniers publics. Le PRODAC, censé cultiver l’avenir agricole, a surtout fait pousser des factures précoces et des procédures illégales.

 

Car oui, cerise sur le détournement :

l’avance de démarrage des travaux a été payée avant même le démarrage légal des travaux. La facture signée avant l’ordre de service. L’ordre de service, pourtant exigence cardinale du code des marchés publics, relégué au rang de détail facultatif.

Dans le droit administratif sénégalais, c’est l’équivalent de mettre la charrue, le bœuf et le champ sur la facture, avant même d’acheter la semence.

Et comme si cela ne suffisait pas, le marché a été attribué par entente directe, sans justification solide, à Green 2000 de M. Pinassi, dans une chorégraphie administrative où la loi regarde ailleurs pendant que les stylos signent.

 

Quand Mame Mbaye Niang parle de marchés publics, on sent un rapport conflictuel avec le droit. Il le contourne, le malmène, parfois semble découvrir son existence en direct à la télévision. Son niveau en droit des contrats administratifs frôle la note éliminatoire, et son ignorance assumée du code des marchés publics devient presque un concept politique : l’incompétence militante.

 

Autre perle : affirmer que l’IGF ne peut épingler un ministre. Faux, archi-faux, dangereusement faux. Les rapports de l’IGF peuvent être transmis à la Cour des comptes pour contrôle a posteriori. Mais sous Macky Sall, on a soigneusement évité cette étape trop risquée, trop révélatrice, trop vraie.

Et comme par hasard, en janvier 2024, en toute fin de règne, on publie un rapport de la Cour des comptes… mais uniquement sur la gestion de Pape Malick Ndour (2018–2021).

Pourquoi pas celle de Mame Mbaye Niang (2014–2018) ?

La réponse tient en un mot : tromperie. En deux : protection politique.

 

Mame Mbaye Niang, à chaque apparition médiatique, creuse un peu plus sa propre tranchée judiciaire. Il nie, se contredit, se défausse sur les coordonnateurs suivants, sur Amadou Bâ, sur Abdoulaye Daouda Diallo, sur tout le monde sauf sur lui-même cet homme qui signe mais ne décide jamais, qui gouverne sans gouverner, et fuit sans courir.

 

Mais la révision du procès arrive. Le rapport a été soumis, examiné, validé par la commission du ministère de la Justice. Suite, et pas fin.

Les masques tomberont, les signatures parleront, les responsabilités retrouveront leurs propriétaires légaux.

En attendant, restons vigilants.

Le fugitif parle, la vérité patiente.

Et nous, on veille au grain pas celui du PRODAC, disparu, mais celui de la justice, qui finit toujours par lever.

 

Malick BA

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