De la banalisation des propos graves à l’épuisement de la parole journalistique
Des propos graves ont été tenus ces dernières années dans l’espace public, parfois sous les yeux de tous, sans susciter la moindre réaction des autorités compétentes. Pourtant, dans le même temps, des journalistes et chroniqueurs ont été interpellés ou inquiétés pour des déclarations nettement moins lourdes de conséquences. Cette inégalité de traitement interroge, dérange et fragilise la crédibilité de l’action publique comme celle des instances de régulation.
Aujourd’hui, une partie du paysage médiatique donne le sentiment d’avoir tourné le dos à sa mission première : informer avec rigueur, responsabilité et intelligence. À force de dérives répétées, certains journalistes et chroniqueurs ont contribué à plomber le débat public et, par ricochet, à affaiblir notre démocratie. Le sensationnalisme, l’approximation et la polémique permanente ont progressivement remplacé l’analyse et la pédagogie.
Cette dégradation n’est pas sans conséquences. De plus en plus d’auditeurs et de téléspectateurs se détournent de certains médias, lassés par une médiocrité linguistique assumée, des discours pauvres en contenu et une absence flagrante de maîtrise du langage. L’information devient alors bruit, confusion et fatigue, au lieu d’éclairer et d’élever le citoyen.
Il fut pourtant un temps où les Sénégalais se pressaient pour suivre des journalistes reconnus pour leur professionnalisme, leur culture et leur sens de l’éthique. Mais au fil des années, le masque est tombé. Une partie du public a fini par comprendre que certains acteurs médiatiques ont des limites évidentes, peinent à structurer une pensée, et se réfugient dans l’invective faute d’arguments intellectuels solides.
Entre 2023 et 2024, cette dérive s’est accentuée. Les mêmes thèmes ont été ressassés en boucle, souvent centrés sur une seule personnalité, non pas pour informer ou analyser, mais dans une logique obsessionnelle visant à nuire, à discréditer et à détruire un homme jugé dérangeant. Cette fixation révèle moins un travail journalistique qu’un acharnement dépourvu de hauteur et de pluralisme.
La liberté de la presse est une conquête précieuse, mais elle ne saurait survivre sans exigence professionnelle, sans responsabilité morale et sans régulation équitable. Laisser passer des propos graves dans un silence assourdissant, tout en sanctionnant des écarts mineurs ailleurs, crée un dangereux précédent et installe une justice à géométrie variable.
Le Sénégal mérite mieux. Il mérite une presse qui élève le débat, éclaire les enjeux et respecte l’intelligence des citoyens. Il mérite des journalistes capables d’argumenter, de contextualiser et de confronter les idées sans sombrer dans la facilité. À défaut, le désamour entre les médias et le public continuera de s’aggraver, au détriment de la démocratie elle-même.


LAMINE NIANG
Les dérives médiathèques sont devenues la norme partout dans le monde du fait que les propriétaires de groupes de média sont devenus des personnalités politiques sinon leurs mentors.
La solution à ce problème serait de donner l’exclusivité aux professionnels dans le domaine du journalisme d’être les seuls autorisés à créer des entreprises dans ce secteur afin qu’ils puissent informer avec rigueur, responsabilité et intelligence, en toute liberté.