Washington et Caracas : la guerre des mots
Les accusations américaines d’arrestation de Nicolás Maduro ravivent un débat majeur sur la légalité de l’usage de la force en droit international.
Depuis le 3 janvier 2026, les relations entre les États-Unis et le Venezuela connaissent une escalade sans précédent. Washington affirme avoir conduit des frappes ciblées sur le territoire vénézuélien et annonce la capture du président Nicolás Maduro. Des informations immédiatement rejetées par les autorités de Caracas, qui parlent de désinformation, affirment que le chef de l’État est libre et dénoncent une atteinte grave à la souveraineté nationale.
Au-delà du bras de fer politique, ces événements soulèvent de profondes interrogations juridiques quant au respect des règles fondamentales qui régissent l’ordre international.
L’interdiction du recours à la force remise en cause
Le droit international repose sur un principe central : les États ne peuvent recourir à la force militaire contre un autre État souverain. Les seules exceptions reconnues concernent la légitime défense face à une attaque armée ou une autorisation explicite du Conseil de sécurité de l’ONU.
Dans la situation actuelle, aucune décision internationale n’a validé une intervention armée au Venezuela. De plus, aucune attaque directe imputable à Caracas contre le territoire américain n’a été rendue publique. Dans ce contexte, l’opération décrite par Washington pourrait être perçue comme contraire aux règles internationales, tant sur le plan conventionnel que coutumier.
Atteinte à la souveraineté et principe de non-ingérence
La souveraineté constitue l’un des fondements du système international. Elle implique qu’aucun État ne peut intervenir militairement ou politiquement dans les affaires internes d’un autre sans son consentement.
Une arrestation d’un chef d’État en exercice sur son propre territoire, menée par une puissance étrangère, serait considérée comme une ingérence particulièrement grave. La jurisprudence internationale a déjà établi que le soutien militaire ou les actions directes visant à influencer la structure politique d’un État violent ce principe.
L’immunité du chef de l’État en question
En droit international, un président en exercice bénéficie d’une immunité personnelle, le protégeant contre toute arrestation ou poursuite pénale étrangère tant qu’il est en fonction. Cette protection s’applique indépendamment de la nature des accusations avancées.
Ainsi, si la capture de Nicolás Maduro était avérée et réalisée sans cadre juridique international reconnu, elle pourrait constituer une violation manifeste de cette immunité, renforçant les arguments d’illégalité avancés par Caracas.
Une légitime défense difficile à établir
Les États peuvent invoquer la légitime défense uniquement en cas d’attaque armée avérée, et à condition que la réponse soit nécessaire et proportionnée. Or, jusqu’à présent, aucune preuve publique ne permet d’établir une menace immédiate ou une agression militaire vénézuélienne contre les États-Unis.
L’usage de la force à des fins politiques, de pression diplomatique ou de changement de régime est largement considéré comme illégal par la doctrine et la pratique internationales.
Enjeux humanitaires et droits fondamentaux
Si des frappes ou des opérations de capture ont effectivement eu lieu, elles relèveraient du droit international humanitaire. Celui-ci impose des obligations strictes : protection des populations civiles, distinction entre objectifs militaires et biens civils, et respect du principe de proportionnalité.
Toute violation de ces règles exposerait les auteurs à des responsabilités internationales, voire à des poursuites pour crimes de guerre ou atteintes graves aux droits humains.
Un impact lourd sur l’ordre international
Cette crise pourrait avoir des répercussions durables :
Fragilisation du système multilatéral fondé sur les Nations unies.
Création d’un précédent dangereux en matière d’usage unilatéral de la force.
Tensions accrues en Amérique latine, avec des conséquences sur la stabilité régionale et les relations diplomatiques.
Alors que les versions américaine et vénézuélienne s’opposent frontalement, l’affaire dépasse le cadre bilatéral et pose une question centrale : les règles du droit international peuvent-elles encore contenir les actions des grandes puissances ?
