Kahone : Ngouye Ndioulé , pilier historique du royaume du Saloum

Mémoire vivante de Kahone, entre pouvoir royal, traditions et héritage culturel

Situé au cœur de l’ancien royaume du Saloum, Ngouye Ndioulé demeure l’un des villages les plus emblématiques de Kahone, ancienne capitale royale. Chargé d’histoire, de symboles et de traditions, ce terroir incarne à la fois la profondeur de la civilisation sérère et la centralité politique, sociale et spirituelle du Saloum précolonial.

Ngouye Ndioulé n’est pas un village ordinaire. Il est intimement lié à la construction et à la consolidation du pouvoir royal saloum-saloum. Son nom résonne encore aujourd’hui dans la mémoire collective comme un espace stratégique où s’exerçaient l’autorité, la concertation et la régulation sociale. À Kahone, chaque village avait une fonction bien définie dans l’architecture du royaume, et Ngouye Ndioulé s’illustrait comme un lieu d’ancrage du pouvoir coutumier et de la noblesse traditionnelle.

Un village au cœur du dispositif royal

Dans l’organisation politique du Saloum, Kahone était le siège du Bour Saloum (roi). Autour de lui gravitaient des villages investis de missions spécifiques : défense, rituels, conseil, agriculture ou gestion foncière. Ngouye Ndioulé occupait une place de choix dans ce dispositif. Il abritait des lignages influents, proches du trône, et jouait un rôle dans la stabilisation du pouvoir royal.

Les notables de Ngouye Ndioulé participaient activement aux grandes décisions du royaume, notamment lors des périodes de succession, de conflits internes ou de menaces extérieures. Le village servait également de réservoir de légitimité, car l’autorité du roi s’appuyait sur l’adhésion des chefs de terroirs et des gardiens de la tradition.

Terre de traditions et de spiritualité

Ngouye Ndioulé est aussi reconnu comme un haut lieu de spiritualité sérère. Les cultes ancestraux, les pangools (esprits protecteurs), les cérémonies d’initiation et les rites agraires y occupaient une place centrale. Ces pratiques n’étaient pas seulement religieuses : elles structuraient la société, garantissaient la cohésion communautaire et assuraient l’équilibre entre l’homme, la nature et les ancêtres.

Les anciens racontent que certaines décisions majeures du royaume étaient précédées de consultations mystiques et de rituels tenus dans ou autour de Ngouye Ndioulé. Cela conférait au village une aura particulière, mêlant respect, crainte et admiration.

Résistance et continuité face à la colonisation

Avec l’arrivée de la colonisation, Kahone perdit progressivement son statut de capitale politique. Cependant, Ngouye Ndioulé conserva son rôle de bastion culturel et identitaire. Les autorités coloniales, conscientes de l’influence des villages traditionnels, tentèrent parfois de les marginaliser, sans jamais parvenir à effacer leur poids symbolique.

Ngouye Ndioulé demeura un espace de résistance passive, de préservation des valeurs locales et de transmission orale de l’histoire du Saloum. Les récits des anciens, les généalogies, les faits d’armes et les grandes alliances y furent jalousement conservés.

Un héritage toujours vivant

Aujourd’hui, Ngouye Ndioulé continue d’occuper une place singulière dans la mémoire de Kahone et du Saloum. Bien que confronté aux défis de la modernité, de l’urbanisation et de la mutation sociale, le village reste un repère identitaire pour les populations locales et la diaspora.

Son histoire rappelle que le Saloum ne fut pas seulement un royaume de rois et de batailles, mais aussi un espace de gouvernance partagée, de spiritualité enracinée et de communautés solidaires. Ngouye Ndioulé, par son passé et son héritage, incarne cette continuité entre hier et aujourd’hui, entre tradition et avenir.

Par Mamadou Camara, journaliste

Camou Communication

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