Royaume du Saloum : Kahone au rythme du pouvoir sacré  » dioundioungs »

Quand les diondioungs parlent aux rois : le tam-tam, mémoire vivante et instrument d’autorité

Kahone, ancienne capitale politique et spirituelle du Royaume du Saloum, ne se raconte pas seulement à travers ses lignées royales, ses jaraaf ou ses farba. Elle s’écoute aussi. Au cœur de cette histoire sonore et symbolique trônent les diondioungs, ces tam-tams royaux dont la voix réglait la vie du royaume, portait l’autorité du Maad (roi) et transmettait la mémoire collective des peuples sérères.

Une parole battue, plus forte que le silence

Dans le Saloum précolonial, le tam-tam n’était pas un simple instrument de musique. Le diondioung parlait. Ses frappes codifiées annonçaient les grandes décisions, convoquaient les notables, avertissaient des dangers, célébraient les victoires ou pleuraient les disparus illustres. À Kahone, chaque battement avait un sens, compris de tous, du paysan au dignitaire.

Le rythme faisait office de messager à une époque où l’écrit n’était pas central. Le diondioung relayait la parole royale avec une autorité incontestable, car il engageait l’ordre du royaume.

Instrument sacré et pouvoir politique

Les diondioungs étaient intimement liés au pouvoir royal. Leur usage obéissait à des règles strictes. Tout le monde ne pouvait pas les battre, et surtout pas n’importe quand. Les maîtres-tambours, issus de lignées spécifiques, détenaient un savoir ancestral transmis de génération en génération. Toucher au diondioung sans autorisation revenait à profaner un symbole sacré.

Lors des intronisations, des grandes cérémonies coutumières ou des rites liés aux ancêtres, le tam-tam consacrait l’événement. Sans diondioung, pas de légitimité totale, affirment encore aujourd’hui les détenteurs de la tradition.

Mémoire, identité et cohésion sociale

Au-delà du politique, le diondioung était un outil de cohésion sociale. Il rappelait l’histoire des clans, chantait les hauts faits des rois et des guerriers, et transmettait les valeurs du Saloum : bravoure, loyauté, respect des ancêtres et solidarité communautaire. À Kahone, ces tambours étaient de véritables archives vivantes, battant l’histoire à même la peau.

Un héritage à préserver

Aujourd’hui, face à la modernité et à l’érosion des traditions, le rôle des diondioungs tend à s’estomper. Pourtant, à Kahone et dans certaines localités du Saloum, ils continuent de résonner lors des grandes occasions, rappelant que le royaume n’a jamais cessé de battre dans la mémoire collective.

Préserver les diondioungs, c’est préserver l’âme du Saloum, un patrimoine immatériel où le son, le sacré et le pouvoir ne faisaient qu’un.

Par Mamadou Camara, journaliste

Camou Communication

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