CAN en mutation : la CAF face à une fronde silencieuse mais déterminée
Le projet d’une Coupe d’Afrique des Nations organisée tous les quatre ans divise profondément le football africain
La Confédération africaine de football (CAF) traverse une période de tension inhabituelle. En toile de fond, une idée qui fait débat : espacer la Coupe d’Afrique des Nations pour l’organiser tous les quatre ans, à l’image de certaines grandes compétitions internationales. Une intention qui, loin de faire consensus, provoque une résistance marquée au sein de nombreuses fédérations nationales.
Une réforme jugée brutale et mal concertée
Pour plusieurs responsables du football africain, cette réforme apparaît comme une décision hâtive, portée sans consultation approfondie des 54 associations membres. Même en l’absence d’actes spectaculaires ou de ruptures officielles, le malaise est palpable. Les discussions internes révèlent une inquiétude partagée : modifier le rythme de la CAN, c’est toucher à l’ADN même du football africain.
La CAN n’est pas qu’un tournoi. Elle est un repère, un rendez-vous régulier qui structure les calendriers, les carrières et l’économie du football sur le continent.
L’intention de la CAF : modernisation ou alignement stratégique ?
Officiellement, l’objectif serait de mieux harmoniser le calendrier africain avec celui du football mondial, réduire les conflits avec les clubs européens et offrir une organisation plus stable et plus rentable. En théorie, une CAN quadriennale pourrait permettre une meilleure préparation, des infrastructures plus solides et une valorisation accrue du produit CAN.
Mais cette logique de rationalisation entre en collision avec les réalités africaines, bien différentes de celles de l’Europe ou de l’Amérique du Sud.
Des fédérations fragilisées, un risque de marginalisation
De nombreuses petites et moyennes fédérations vivent au rythme de la CAN. Une CAN tous les deux ans permettait à certains pays d’y participer deux ou trois fois sur une même génération de joueurs. Passer à quatre ans réduirait drastiquement ces opportunités.
Pour certaines sélections, cela signifie moins de visibilité internationale, moins de subventions liées à la participation, et à terme, un risque réel d’effacement progressif de la scène continentale.
Conséquences directes pour les footballeurs africains
Pour les joueurs, l’impact serait considérable. La CAN est souvent une vitrine décisive pour décrocher un contrat, relancer une carrière ou accéder à un championnat plus compétitif. Réduire la fréquence du tournoi, c’est réduire les chances.
Des générations entières pourraient ne disputer qu’une seule CAN, voire aucune, sur l’ensemble de leur carrière internationale. Un scénario lourd de frustrations et de pertes d’opportunités, notamment pour les joueurs évoluant hors des grands circuits médiatiques.
Un football africain à deux vitesses ?
À plus long terme, cette réforme pourrait accentuer les déséquilibres existants. Les grandes nations, déjà structurées et médiatisées, continueraient de prospérer. Les autres, privées de rendez-vous réguliers et de retombées économiques, risqueraient de décrocher.
La CAN, par sa régularité, a toujours joué un rôle de levier : développement des talents, cohésion nationale, fierté populaire et dynamique économique locale. L’affaiblir, c’est fragiliser tout l’écosystème du football africain.
Un débat incontournable pour l’avenir
Le débat est désormais lancé et ne peut plus être ignoré. La CAF se trouve à un carrefour stratégique : moderniser sans renier, réformer sans exclure. Toute décision prise sans consensus risque d’ouvrir une fracture durable au sein du football africain.
La CAN reste l’un des derniers symboles fédérateurs du continent. La toucher sans précaution pourrait coûter bien plus qu’un simple ajustement de calendrier.
Par Mamadou Camara, journaliste
Camou Communication
