Par Mamadou Camara, journaliste – Camou Communication
Depuis 2023, une grande partie de la presse sénégalaise semble ne parler que d’un seul sujet. Sur les plateaux télé, sur les chaînes YouTube, sur les réseaux sociaux, c’est toujours le même nom qui domine : Ousmane Sonko. Avec des diatribes, des invectives et des débats sans profondeur, l’espace médiatique semble réduit à une unique obsession.
Pourtant, le Sénégal ne se limite pas à une seule personnalité. Nos citoyens s’intéressent à des questions bien plus larges : la santé, l’agriculture, l’éducation, le développement local, la gestion du littoral et ses conséquences, la pêche artisanale, les changements climatiques… Ce sont ces thématiques qui concernent réellement la vie des populations.
Malheureusement, les émissions politiques continuent de tourner en rond, sans saveur, animées parfois comme des jeux d’enfants, ou pour servir des intérêts personnels plutôt que l’information publique. Même une partie de la nouvelle génération de journalistes semble avoir honte de certaines pratiques qui ternissent la profession.
L’heure des grandes réformes a sonné dans la corporation. Trop de confrères et consœurs s’humilient et désacralisent le journalisme. Tout le monde se prétend chroniqueur, et le public finit par se détourner. Le journalisme n’est pas un jouet : il doit contribuer à la stabilité nationale, au renforcement et à la préservation des acquis démocratiques.
Aujourd’hui, le désordre est total : langage indiscipliné, arrogance, désinformation et manipulation sont monnaie courante. Beaucoup ignorent les réalités du monde rural et ne s’intéressent qu’au sensationnel. Les auditeurs et téléspectateurs sont meurtris par cette médiocrité.
Il semble parfois qu’il faille être thuriféraire, chanter les louanges d’un ou de plusieurs nantis pour exister. Pourtant, certains journalistes ne le feront jamais, car le métier est une passion pour eux : « vivre la liberté dans la dignité vaut mieux que la richesse dans l’esclavage ». On peut servir sa nation et gagner sa vie sans dépendre de la soumission pour quelques miettes ou privilèges. Bien sûr, il faut respecter certaines règles pour être reconnu, mais si quelqu’un impose son autorité pour contraindre, alors il est obligé d’obéir à des ordres qui trahissent la déontologie du métier.
Si l’État procédait à l’identification et au contrôle des diplômes des journalistes, les Sénégalais seraient probablement surpris. Il est urgent d’assainir la presse sénégalaise. Trop de professionnels ne méritent ni l’aide publique ni les privilèges, tandis que les plus méritants sont laissés pour compte.
Le toilettage de la corporation s’impose : pour que le journalisme sénégalais retrouve sa dignité et serve véritablement le pays et ses citoyens.
Mamadou Camara, journaliste/Communicant
Kaolack
