Sénégal-Maroc :Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko au Maroc pour apaiser l’après CAN

Après la finale continentale, la diplomatie s’invite pour préserver une relation historique

La finale de la Coupe d’Afrique des nations, remportée par le Sénégal face au Maroc, a laissé derrière elle bien plus que des souvenirs sportifs. Au-delà du trophée et des célébrations, cette rencontre a révélé des tensions émotionnelles, des excès regrettables et des paroles prononcées sous l’effet de la passion. Des images qui rappellent combien le football, censé rassembler, peut parfois diviser.

Quelques jours après cette séquence chargée d’émotion, un autre temps s’ouvre : celui de la diplomatie et de la lucidité. La visite du Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, au Maroc s’inscrit dans ce contexte particulier. Elle dépasse le cadre protocolaire et prend une dimension symbolique forte, à un moment où les sensibilités restent vives de part et d’autre.

En Afrique, le football n’est jamais un simple jeu. Il touche à l’orgueil national, à l’identité collective et à une passion populaire profonde que les responsables publics ne peuvent ignorer. C’est précisément pour cette raison que les conséquences extra-sportives d’une finale aussi disputée appellent à la retenue et à la responsabilité.

Du point de vue marocain comme sénégalais, l’essentiel demeure clair : les relations entre les deux pays ne sauraient être résumées à un match, aussi intense soit-il. Elles reposent sur une histoire ancienne, marquée par la fraternité, la coopération économique, les convergences diplomatiques, les liens spirituels et une forte mobilité humaine. La présence significative de la communauté sénégalaise au Maroc en est l’illustration la plus tangible.

Les incidents survenus après la finale n’inquiètent pas par leur ampleur, mais par ce qu’ils révèlent : la fragilité des équilibres émotionnels lorsque la passion sportive l’emporte sur le recul. Dans ce contexte, la diplomatie ne se limite pas à éteindre des tensions passagères. Elle doit réaffirmer une vérité fondamentale : Marocains et Sénégalais ne sont pas des adversaires, mais des partenaires liés par des décennies de confiance et de respect mutuel.

La tenue des cadres de concertation bilatéraux, notamment la grande commission mixte et les rencontres économiques prévues, offre l’occasion de replacer le temps long au-dessus de l’instant et de réaffirmer la solidité du partenariat entre les deux États.

La visite d’Ousmane Sonko au Maroc revêt ainsi une portée hautement symbolique. Elle engage autant la responsabilité des autorités sénégalaises que celle du Royaume du Maroc, appelé à accueillir ce moment avec hauteur de vue et maturité politique. Dans un continent souvent traversé par des rivalités inutiles, chaque geste, chaque parole et parfois chaque silence ont leur importance.

Les différends strictement sportifs doivent suivre les voies prévues à cet effet, à travers les instances compétentes et les mécanismes de recours existants. Mais ils ne peuvent, en aucun cas, remettre en cause ce qui a été patiemment construit au fil des décennies : des relations humaines, politiques et fraternelles qu’aucune controverse arbitrale ne devrait fragiliser.

Au fond, cette séquence interpelle sur la capacité collective à dépasser la frustration et à préserver la dignité lorsque l’émotion est à son comble. La grandeur des nations se mesure aussi à leur aptitude à surmonter l’instant et à privilégier la raison sur la passion.

Le match est désormais terminé. La balle a quitté le terrain pour entrer dans l’espace feutré de la diplomatie. Et sur ce terrain-là, le Sénégal comme le Maroc ont tout à gagner à avancer ensemble.

Mamadou Camara, journaliste

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