Lotissements controversés, frontières floues et risques de tensions populaires entre Nioro du Rip, Dabaly et Darou Salam
Par Mamadou Camara, journaliste
Camou Communication – Kaolack
Après de longues années marquées par des litiges fonciers persistants et des dysfonctionnements administratifs, la commune de Nioro du Rip a décidé de briser le silence. La municipalité, appuyée par les populations locales et de nombreux paysans, dénonce ce qu’elle considère comme des atteintes graves à son patrimoine foncier, perpétrées par des communes voisines récemment créées, notamment Dabaly et Darou Salam.
Face aux tentatives répétées d’appropriation de terres situées dans son ressort territorial, la mairie estime ne plus pouvoir rester dans une posture d’attente. Selon les autorités municipales, ces pratiques constituent une menace directe pour la stabilité sociale et le développement harmonieux de la commune.
Un développement urbain encadré mais fragilisé
La commune de Nioro du Rip, qui compte 28 491 habitants sur une superficie de 500 hectares, connaît un développement urbain soutenu. Cette dynamique a conduit à l’adoption d’un Plan Directeur d’Urbanisme (PDU), approuvé et rendu exécutoire par le décret « n° 2003-4411 du 04 juin 2003 ».
Ce document de planification, conçu sur un horizon de 20 ans, a permis l’extension de la superficie communale à 660 hectares, en s’appuyant sur les limites historiques établies par la loi « n° 60-025 du 1er janvier 1960 ». Toutefois, cet équilibre est aujourd’hui remis en cause par l’absence de délimitations claires lors de la création de nouvelles communes voisines.
Des communes créées sans balisage territorial précis
Les communes de Darou Salam et de Dabaly, instituées par le décret « n° 2010-1542 du 29 novembre 2010 », concentrent aujourd’hui l’essentiel des contestations. Darou Salam regroupe 31 161 habitants répartis dans 62 villages sur 21 955 hectares, tandis que Dabaly compte 21 villages, 15 254 habitants sur plus de 11 000 hectares.
Selon les autorités de Nioro du Rip, ces collectivités ont été créées sans périmètres territoriaux clairement définis, ouvrant la voie à des chevauchements de compétences et à des interprétations abusives des frontières communales.
Lotissements jugés illégaux et violations territoriales
Le maire de Nioro du Rip, Momath Ba, accuse la commune de Darou Salam d’avoir franchi plus de trois kilomètres au-delà de son dernier village, pour engager des opérations de lotissement sur plus de 600 hectares situés à l’Est de Nioro du Rip, notamment dans la zone dite Extension Darou Anane Nord. Ces travaux s’appuieraient sur l’arrêté « n° 048205 B du 30 décembre 2021 » du ministère de l’Urbanisme et de l’Hygiène publique, lequel ferait référence à l’extension d’un village inexistant et non répertorié dans le décret de création de Darou Salam.
Concernant la commune de Dabaly, la municipalité de Nioro du Rip affirme qu’elle aurait dépassé ses limites de plus de deux kilomètres, intégrant les champs du village Fass Ngueyène ainsi que des terres appartenant aux populations de Nioro du Rip. Un lotissement de 50 hectares, qualifié d’irrégulier, aurait été entrepris dans le quartier Fass HLM, relevant pourtant de la commune de Nioro du Rip.
Une cinquantaine d’ hectares existant déjà, appartenant à la commune de Nioro du Rip,occupée et équipée par Nioro depuis 4 générations de Maires.Ce ne sont pas des champs dont on parle mais des espaces de quartiers et ces champs sont un prétexte fallacieux pour berner les autorités administratives, conclut le maire de Nioro du Rip .
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Il invite à devoiler la zone de lotissement dont la délibération est approuvée par l’ autorité administrative et qui fait l’objet de réunion à la gouvernance de Kaolack ce Mercredi 28 Janvier 2026
Des paysans menacés de perdre leurs champs
Au-delà des considérations administratives, les conséquences humaines inquiètent fortement. Des populations et des paysans de Nioro du Rip risquent de perdre leurs champs, aujourd’hui menacés de confiscation au profit de communes voisines. Ces terres, essentielles à leur survie économique, font l’objet de lotissements contestés, souvent sans études techniques préalables ni visa de localisation de l’Agence nationale de l’aménagement du territoire (ANAT).
Appel solennel à l’État face aux risques de tensions populaires
Craignant une escalade des tensions, le maire de Nioro du Rip, les populations locales et les agriculteurs concernés interpellent directement le Chef de l’État et le Premier ministre sur les irrégularités foncières dont la commune se dit victime.
Ils alertent également le ministre de l’Urbanisme, les services du Cadastre et les autorités compétentes, afin que des mesures urgentes soient prises pour éviter que ces différends fonciers ne dégénèrent en affrontements populaires entre les habitants de Nioro du Rip, Dabaly et Darou Salam.
Très remontés, les intervenants exigent que l’État restaure la justice foncière, clarifie définitivement les limites territoriales et mette fin à ce qu’ils considèrent comme des agressions foncières répétées entre communes voisines.
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