Le parti Pastef – Les Patriotes a franchi une étape importante dans son processus d’organisation interne avec la digitalisation de ses cartes de membres. Cette innovation marque une avancée notable dans la structuration du parti, en permettant une meilleure connaissance de ses militantes, militants et nouveaux adhérents. Elle offre également à la formation politique la possibilité de maîtriser, en amont des échéances électorales, ses bases de données, le nombre réel de membres et, par ricochet, son potentiel électoral.
Sur le plan organisationnel, l’initiative est saluée. Elle s’inscrit dans une dynamique de modernisation et de professionnalisation de la vie partisane, à l’ère du numérique. Toutefois, cette réforme ne fait pas l’unanimité au sein de la base.
Le prix de la carte, un frein pour une large frange de sympathisants
Le principal point de crispation reste le coût de la carte de membre, fixé à 10 000 francs CFA, un montant jugé excessif par de nombreux sympathisants, notamment les jeunes, les femmes, les étudiants, les chômeurs et les goorgorlu. Pour ces catégories sociales, confrontées à un contexte économique difficile, la priorité demeure la prise en charge des dépenses quotidiennes, bien avant l’achat d’une carte de membre politique.
Beaucoup affirment croire profondément au projet porté par le Pastef et nourrir un attachement sincère à son leader charismatique, Ousmane Sonko. Cependant, cet engagement moral et idéologique ne se traduit pas toujours par une adhésion formelle, faute de moyens financiers.
« Nous ne sommes pas des politiciens, la politique ne nous intéresse pas vraiment, mais nous soutenons Pastef pour d’autres raisons », confient certains sympathisants.
D’autres, désireux de formaliser leur ancrage au sein du parti, renoncent finalement à cette ambition. Chez de nombreux étudiants et jeunes sans sources de revenus stables, la volonté de soutenir se heurte à une réalité économique implacable.
Une innovation utile, mais déconnectée des réalités sociales ?
Certes, la carte numérisée présente plusieurs avantages : transparence, traçabilité des membres, meilleure organisation interne. « Tout est connu, tout est maîtrisé », soutiennent ses promoteurs.
Mais le hic demeure : dans le contexte actuel marqué par la cherté de la vie, pour beaucoup de citoyens, manger à sa faim reste une priorité absolue. Même lorsqu’ils soutiennent le parti, l’achat d’une carte n’est pas perçu comme une urgence.
Par ailleurs, certains rappellent que les cotisations et levées de fonds massivement suivies en 2023 et 2024 ne peuvent plus être exigées aujourd’hui dans les mêmes conditions. Ce qui était acceptable hier ne l’est plus nécessairement aujourd’hui. La hausse du coût des cartes de membres numérisées risque ainsi de décourager un nombre important de sympathisants.
Appel à la concertation et à l’écoute de la base
Face à cette situation, plusieurs voix s’élèvent pour interpeller les dirigeants du Pastef. Elles appellent à l’ouverture d’une large concertation, impliquant la base militante dans la prise de décision autour de ces nouvelles cartes.
Aujourd’hui, les militants se considèrent comme de véritables actionnaires de leur formation politique. À ce titre, ils estiment devoir être écoutés. Les décisions unilatérales, prises sans consultation, appartiennent désormais au passé. L’histoire politique sénégalaise regorge d’exemples de partis affaiblis, voire marginalisés, par une gouvernance interne fermée et non inclusive.
Leçons du passé
Interroger le passé de certaines formations politiques permet de tirer des enseignements clairs : la gestion unilatérale et l’absence d’inclusion ont souvent conduit à la perte de confiance de la base et, à terme, à l’échec politique.
Le défi pour le Pastef reste donc de concilier modernisation numérique et réalités socio-économiques, afin de préserver son capital militant et renforcer son ancrage populaire.
Par Mamadou Camara
Journaliste – Communicant
Camou Communication
Kaolack

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