Starlink annoncée le Ministre de la Communication Aliou Sall : une avancee numérique sous conditions qui merite une large communication

L’annonce de l’arrivée de Starlink au Sénégal par le ministre de la Communication, Aliou Sall, marque une nouvelle étape dans la stratégie de connectivité du pays. Présentée comme une solution innovante pour renforcer l’accès à internet, notamment dans les zones mal desservies, cette technologie satellitaire soulève toutefois de nombreuses interrogations économiques, sociales et stratégiques.

Selon certaines sources, la Sonatel disposait déjà, à travers Orange Sat, de solutions satellitaires similaires, mais celles-ci n’avaient jamais fait l’objet d’une large communication à destination des populations. Cette discrétion a contribué à maintenir une méconnaissance du grand public sur ces technologies, laissant aujourd’hui Starlink apparaître comme une nouveauté absolue.

Pourtant, Starlink est déjà opérationnel dans plusieurs pays africains. Il convient de rappeler que son coût reste élevé, surtout en milieu urbain. L’équipement nécessaire (antenne et décodeur) coûterait autour de 100 000 francs CFA, tandis que l’abonnement mensuel ne serait pas inférieur à 35 000 francs CFA. Des tarifs difficilement accessibles pour la majorité des ménages sénégalais.

Une opportunité pour les zones reculées

Là où Starlink présente un véritable intérêt, c’est dans les zones rurales, les villages enclavés et les localités éloignées, où l’internet est absent ou très instable. Dans ces contrées, la technologie satellitaire pourrait réduire la fracture numérique et ouvrir de nouvelles perspectives en matière d’éducation, de santé et d’activités économiques.

Cependant, même dans ces zones, la question du pouvoir d’achat reste centrale. Pour un paysan ou un « goorgorlu », investir 100 000 francs CFA dans un équipement, puis supporter un abonnement mensuel conséquent, demeure un défi majeur sans un accompagnement de l’État ou des opérateurs.

Un intérêt limité en milieu urbain

En ville, où la fibre optique et les réseaux mobiles offrent déjà des solutions plus abordables, Starlink risque de peiner à s’imposer. Le citadin aura peu d’intérêt à se tourner vers une offre plus coûteuse, sauf si elle propose une valeur ajoutée notable, comme une connexion ultra-stable combinée à des services audiovisuels.

À cela s’ajoute la dépendance à l’électricité : le matériel Starlink doit rester allumé en permanence et consomme entre 60 et 70 watts par heure, une contrainte non négligeable dans un contexte de coupures ou de coût élevé de l’énergie.

Des accords à clarifier

Si le ministre Aliou Sall a annoncé l’arrivée de Starlink, les termes exacts du partenariat restent à préciser. Quelle est la nature des accords conclus ? S’agit-il d’une simple licence commerciale ou d’un partenariat stratégique ? L’État prévoit-il des mécanismes de subvention pour les zones rurales ? Et quelle sera la place de la Sonatel dans ce nouvel écosystème ?

Autre question essentielle : l’implantation de Starlink ne risque-t-elle pas d’impacter les retombées financières de la Sonatel, acteur historique et pilier du secteur des télécommunications au Sénégal ?

Autant d’interrogations qui appellent à plus de transparence, de pédagogie et de communication, afin que cette innovation annoncée par les autorités serve réellement l’inclusion numérique et le développement du pays.

Par Mamadou Camara, journaliste

Kaolack

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