Figure emblématique de l’audiovisuel sénégalais, Abdoul Aziz Coulibaly brise le silence et livre un témoignage rare, empreint de lucidité et de gravité. « J’ai connu beaucoup de trahisons, la méchanceté… », confie-t-il, sans détour, dans un entretien où se mêlent mémoire, bilan personnel et regard critique sur l’évolution du paysage culturel et médiatique sénégalais.
Animateur, producteur, pionnier du hip-hop au Sénégal et acteur majeur des médias, Abdoul Aziz Coulibaly a traversé plus de quarante années de transformations profondes. De l’époque de la RTS, marquée par un audiovisuel institutionnel et centralisé, à l’explosion des radios libres, il a été à la fois acteur et observateur des grandes ruptures qui ont façonné l’expression culturelle urbaine.
Son nom reste indissociable de l’émergence du hip-hop sénégalais, notamment à travers la naissance du mythique groupe Positive Black Soul (PBS), véritable porte-voix d’une jeunesse consciente, engagée et créative. À une époque où cette culture était marginalisée, Abdoul Aziz Coulibaly a joué un rôle de passeur, offrant des espaces de visibilité et de légitimation à une génération d’artistes devenus aujourd’hui des références.
Mais son parcours ne s’arrête pas à la radio ou à la musique. Entrepreneur culturel, initiateur du concept Rap-Attack, il a constamment exploré de nouveaux territoires, anticipant les mutations technologiques et les changements de pratiques médiatiques. Aujourd’hui, il s’inscrit dans une dynamique d’innovation numérique et spirituelle, convaincu que la culture doit évoluer sans renier ses fondements éthiques.
Dans cet entretien, Abdoul Aziz Coulibaly ne se contente pas de raconter son itinéraire. Il dresse également un diagnostic sévère du showbiz sénégalais, qu’il juge parfois prisonnier des logiques mercantiles, au détriment du sens, de la rigueur et de la transmission. Son regard sur la jeunesse créative est à la fois exigeant et bienveillant : s’il reconnaît son talent et son énergie, il l’invite à cultiver la discipline, la mémoire et l’engagement.
Entre confidences personnelles, blessures liées aux trahisons et réflexions profondes sur l’avenir de la culture, Abdoul Aziz Coulibaly apparaît comme une conscience critique, fidèle à ses convictions. Un homme debout, qui continue de croire que les médias et la culture peuvent — et doivent — rester des outils d’éveil, de vérité et de transformation sociale.
