Politiciens, chaque chose a son temps . Cette période est- elle favorite pour organiser des activites politiques ?

Le Sénégal traverse une séquence particulièrement sensible de son histoire récente. Le climat politique est tendu au sein même de la coalition au pouvoir. La divergence entre Aminata Touré et Bougar Diouf, de l’Union des Panafricanistes du Sénégal, membre de la Coalition Diomaye Président, autour du soutien éventuel à la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU, expose au grand jour des fractures qui interrogent la cohésion de la majorité.

Dans le même temps, l’Université Cheikh Anta Diop est secouée par la mort tragique de l’étudiant Abdoulaye Dia. Une disparition qui ravive les tensions universitaires et plonge la communauté estudiantine dans la douleur et l’indignation.

À cela s’ajoute une affaire de mœurs qui continue de troubler l’opinion publique, dans un contexte déjà marqué par une vive émotion autour des questions de transmission volontaire du VIH/Sida. Au-delà du sensationnel, c’est une véritable problématique de santé publique qui interpelle la conscience collective.

Pourtant, malgré ce climat social, universitaire et moralement chargé, des activités politiques sont annoncées pour ce samedi 14 février 2026 à Kaolack. La Coalition Diomaye Président, mais aussi Pastef, prévoient des rassemblements, notamment à Keur Gane, à Médina Baye.

La question mérite d’être posée avec gravité : le moment est-il opportun pour maintenir des manifestations politiques ?

Alors que les étudiants pleurent l’un des leurs, alors que les familles s’interrogent face à une crise sanitaire persistante, alors que la tension sociale reste palpable, organiser des démonstrations de force politique peut être perçu comme un manque de retenue.

La politique ne peut être déconnectée du ressenti populaire. Gouverner ou s’opposer, c’est aussi savoir écouter les silences, comprendre les douleurs, mesurer les priorités du moment. Chaque chose a son temps.

Deux éléments majeurs devraient inciter à la prudence et à une suspension provisoire des activités politiques, aussi bien du côté du pouvoir que de l’opposition :

– la crise sanitaire liée au VIH/Sida qui inquiète et exige davantage de sensibilisation et de mobilisation nationale ;

– la mort récente de l’étudiant Abdoulaye Dia, qui appelle recueillement, vérité et responsabilité.

Persister dans l’agenda politique comme si de rien n’était pourrait être interprété comme une forme d’insensibilité. Les citoyens observent. Ils jugent. Et l’opinion publique peut sanctionner ce qu’elle perçoit comme un décalage entre les préoccupations des leaders et celles du peuple.

À vouloir avancer sans regarder dans le rétroviseur, certains acteurs politiques risquent d’ignorer les signaux d’alerte. Or, en politique, la notoriété se construit avec le peuple, mais elle peut aussi se perdre par manque d’écoute et de discernement.

Le temps du deuil, de la réflexion et de la responsabilité collective doit parfois primer sur le temps de la mobilisation partisane.

La République ne se fragilise pas quand ses acteurs savent marquer une pause. Elle se renforce.

Mamadou Camara

Journaliste – Communicant

Kaolack

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