Eurobonds : le Sénégal paie à l’heure , sous haute surveillance des marchés

Le Sénégal s’apprête à faire ce que tout État sérieux est censé accomplir sans mise en scène : honorer ses dettes à l’échéance. Selon les projections budgétaires, le pays prévoit de régler en mars ses importantes échéances d’Eurobonds. Sur le papier, le signal est positif pour la crédibilité financière nationale. Dans les faits, l’opération prend des allures de test grandeur nature pour des finances publiques sous tension.

Comprendre l’Eurobond, loin des fantasmes

Un Eurobond n’a rien d’un gadget technocratique. Il s’agit d’un titre de créance émis sur le marché international dans une devise différente de celle du pays émetteur. Autrement dit, un État va lever des fonds au-delà de ses frontières pour diversifier ses sources de financement. Contrairement à une idée reçue, « euro » ne renvoie pas nécessairement à la monnaie européenne, mais à la dimension internationale de l’émission.

746 milliards FCFA à mobiliser en mars

Les chiffres sont éloquents. D’après la Loi de finances initiale 2026, le Sénégal devra mobiliser en mars 746 milliards FCFA pour le service de la dette, dont 509 milliards consacrés à la dette extérieure. Pendant que le débat public s’anime, le Trésor prépare un décaissement massif qui ne relève ni du slogan ni de la rhétorique.

Dans le même temps, la dette publique a atteint environ 132 % du PIB à fin 2024 selon le Fonds monétaire international, après la révélation d’emprunts non déclarés hérités de l’administration précédente. L’équation est délicate : honorer les engagements d’aujourd’hui tout en assainissant les passifs d’hier.

Sous le regard attentif des marchés

Les discussions techniques avec le FMI se poursuivent, dans un contexte où chaque indicateur est scruté. Parallèlement, l’Organisation de coopération et de développement économiques maintient le Sénégal dans la catégorie de risque élevé. Traduction concrète : les investisseurs continuent d’observer Dakar avec prudence.

Le gouvernement mise sur une forte mobilisation des recettes fiscales au premier trimestre et sur le marché régional. Plus de 510 milliards FCFA ont déjà été levés depuis janvier, avec un programme de financement encore plus ambitieux annoncé pour 2026. L’objectif est clair : préserver la signature du Sénégal et éviter tout signal de défaut ou de tension excessive.

Au-delà du paiement, la question structurelle

Honorer les Eurobonds à temps est un impératif. C’est le socle de la crédibilité d’un État sur les marchés internationaux. Mais la véritable bataille reste structurelle : contenir durablement la dynamique d’endettement tout en soutenant la croissance, l’investissement productif et la confiance.

Le Sénégal paie. Et il doit payer.

La question stratégique demeure : comment sortir progressivement d’un modèle où chaque grande échéance ressemble à un stress test budgétaire national ?

Malick BA

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