Pastef : « ndogou  » de prestige et coupure de jeûne « takhalé » pour des nécessiteux

Politique et responsabilité envers les militants

La politique n’est pas un jeu de hasard, encore moins une affaire de force. Elle repose avant tout sur l’engagement d’hommes et de femmes : les militants et les sympathisants. Ce sont eux les véritables actionnaires d’un parti ou d’une coalition politique. Ce sont eux qui se battent sur le terrain, qui défendent leurs leaders et qui se mobilisent pour leur permettre d’accéder au pouvoir.

Malheureusement, une fois ce pouvoir conquis, ces mêmes militants et sympathisants sont souvent oubliés par leurs propres leaders. Pire encore, ils sont parfois écartés, voire trahis par ceux qu’ils ont contribué à porter au sommet. Des responsables politiques deviennent alors méconnaissables face aux jeunes, aux femmes et aux personnes âgées qui constituaient pourtant leur première force.

Certains leaders locaux vont même jusqu’à éviter leurs propres bases. Ils arrivent discrètement, entrent nuitamment et repartent de la même manière, comme pour se cacher de ces militants qui étaient hier encore leurs plus fidèles soutiens. Une telle attitude s’apparente à une véritable trahison morale.

Les actuels tenants du pouvoir doivent pourtant tirer les leçons du passé. L’histoire politique récente est riche d’enseignements : plusieurs partis et coalitions ont connu des débâcles à cause de frustrations internes et d’un éloignement progressif de leurs bases. Tous les partis qui ont été humiliés dans les urnes ont, à un moment donné, pris leurs distances avec leurs militants.

Malheureusement, cette nouvelle génération de responsables semble parfois ignorer ces leçons.

Les militants et sympathisants sont ceux qui vous font gagner les élections. Pourtant, certains responsables préfèrent organiser des « ndogou politiques » dans des hôtels de luxe à Dakar, pendant que leurs bases rompent le jeûne avec un simple morceau de tamarin et du café. Parfois même, faute de riz ou d’argent, certains ne dînent pas.

Responsables politiques, respectez vos militants. Ils ne sont pas des brebis galeuses. S’ils sont à vos côtés, c’est parce qu’ils croient en vous et en votre projet. Mais ne vous méprenez pas : vous n’êtes pas des demi-dieux.

Il serait plus élégant et plus utile que chaque militant reçoive un sac de riz ou un soutien concret pour nourrir sa famille. Organiser des « ndogou politiques » coûtant des dizaines de millions alors que le militant de Fongolemi ne dispose même pas de 100 francs pour rompre le jeûne pose une question morale.

Avec de telles pratiques, la rupture tant promise peine à se faire sentir.

L’argent dépensé dans ces grands rassemblements pourrait pourtant soulager de nombreuses familles, notamment celles des militants martyrs ou des anciens sages du parti. La rupture doit se manifester concrètement dans la vie des familles vulnérables, en particulier celles des militants et sympathisants qui ont porté le projet politique.

C’est à cette condition que la confiance pourra être préservée et que l’engagement militant gardera tout son sens.

Mamadou Camara

Journaliste – Camou Communication

 

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