L’Assemblée nationale du Sénégal a adopté, à une écrasante majorité, la loi portant durcissement des peines liées à l’homosexualité et aux actes contre nature. Lors des débats parlementaires, le ministre de l’Intérieur, Me Bamba Cissé dans le débat public — a développé une argumentation juridique dense, mobilisant avec aisance le lexique du droit pour justifier le renforcement du dispositif législatif.
Si la majorité parlementaire a largement soutenu le texte, certaines voix se sont démarquées. Des députés de l’opposition, dont Abdou Mbow de l’Alliance pour la République et Thierno Alassane Sall, ont publiquement déclaré qu’ils ne voteraient pas en faveur du projet de loi. Une position minoritaire dans un hémicycle largement acquis au texte.
Du côté de la majorité, les députés de PASTEF ont profité du vote pour rappeler que la nouvelle configuration parlementaire leur est favorable. Dans la foulée, certains n’ont pas manqué de lancer des piques à l’endroit du ministre Abdourahmane Diouf, en référence à certaines de ses prises de position antérieures sur des questions sociétales.
Mais au-delà de l’hémicycle, un autre débat s’installe dans l’opinion publique : celui du silence de certaines figures de la société civile. Des citoyens s’interrogent notamment sur l’absence de réaction publique de personnalités connues pour leurs interventions régulières dans l’espace médiatique, à l’image de Alioune Tine.
Habituellement promptes à dénoncer les interpellations d’acteurs politiques ou à défendre les libertés publiques, ces voix influentes restent pour l’instant discrètes sur cette loi pourtant au cœur d’un débat de société. Ce silence alimente les interrogations : s’agit-il d’une neutralité assumée, d’une prudence stratégique ou d’un mutisme perçu par certains comme complice ?
Dans une démocratie vivante, les positions divergentes nourrissent le débat public. Le vote de cette loi constitue ainsi un moment politique important, mais aussi une épreuve de cohérence pour les acteurs de la société civile qui se sont souvent érigés en vigies des libertés.
L’opinion, elle, observe attentivement. Pour beaucoup, le moment semble venu pour ces figures publiques de clarifier leur position. Car dans l’arène démocratique, le silence peut parfois parler aussi fort que la parole.
