Entre silences d’hier et indignations tardives, l’heure des responsabilités
Les critiques fusent aujourd’hui contre la Confédération africaine de football et la FIFA. Plusieurs dirigeants de fédérations africaines haussent le ton, dénoncent des décisions jugées injustes et pointent du doigt la gouvernance du football mondial et continental. Mais cette prise de parole tardive interroge.
Car pendant longtemps, ces mêmes responsables ont pris part aux réunions, aux compétitions internationales et aux grandes orientations, sans jamais afficher une opposition claire. Le silence d’hier contraste fortement avec l’indignation d’aujourd’hui. Une posture qui fragilise leur crédibilité.
Dans les faits, beaucoup semblent davantage attirés par les privilèges liés à leurs fonctions que par la défense des intérêts de leur football national. Missions officielles, voyages, avantages institutionnels : ces considérations ont souvent pris le dessus sur les enjeux essentiels. Ce manque de fermeté a contribué à installer un déséquilibre dans les rapports avec les instances dirigeantes.
Le cas du Sénégal, aujourd’hui au cœur des débats, apparaît ainsi moins comme une surprise que comme la conséquence d’un laisser-faire prolongé. En l’absence de positions fortes et concertées, certaines décisions contestées ont pu émerger sans réelle résistance. Comme le dit l’adage wolof, lorsque l’on laisse une brèche, il ne faut pas s’étonner des conséquences.
Dans ce contexte, des voix isolées se sont parfois élevées. Samuel Eto’o fait partie de celles qui ont publiquement dénoncé certaines pratiques. Une posture qui lui a valu des sanctions, illustrant les limites de la liberté d’expression au sein des instances du football africain.
Au-delà des personnes, c’est tout un système qui est aujourd’hui questionné. Une partie des élites dirigeantes africaines semble évoluer dans une logique de proximité avec les centres de décision, au détriment d’une défense collective des intérêts du continent. Cette situation alimente un climat de défiance et renforce l’idée d’une gouvernance déconnectée des réalités locales.
La CAN 2025 prévue au Maroc s’inscrit dans ce contexte tendu. Pour certains observateurs, elle agit comme un révélateur des rapports de force et des mécanismes de décision controversés, notamment en ce qui concerne les critères d’éligibilité et les choix stratégiques opérés en amont.
Face à cette situation, plusieurs voix appellent à une réaction coordonnée des fédérations africaines. L’objectif serait de rééquilibrer les rapports de force et d’exiger davantage de transparence dans la gestion du football continental. L’idée d’un boycott, évoquée par certains, traduit un malaise profond, même si elle reste une option aux conséquences majeures.
Une chose est certaine : le football africain traverse une phase charnière. Entre critiques tardives, responsabilités partagées et nécessité de réformes, les acteurs du continent sont désormais face à leurs choix.
Mamadou Camara
Journaliste
Camou Communication
Kaolack
