Dérives médiatiques : urgence d’une réforme

La nécessité de revoir les lois pénales ainsi que certaines dispositions du Code de la presse s’impose aujourd’hui avec acuité pour freiner les dérives observées dans l’espace médiatique sénégalais.

En effet, une catégorie d’acteurs, composée de certains tiktokeurs, chroniqueurs amateurs et influenceurs à visée mercantile, s’est arrogé un rôle qui dépasse largement ses compétences. Ces derniers s’érigent en juges de faits souvent pendants devant la justice, prononçant des verdicts hâtifs à travers leurs plateaux improvisés, leurs lives ou leurs sites web.

Le plus préoccupant reste leur méconnaissance flagrante du lexique juridique et des principes fondamentaux du droit. Des notions telles que « présumé », « mis en cause », « inculpé » ou « accusé » sont utilisées à tort et à travers, au mépris des règles élémentaires de la présomption d’innocence. Certains vont même jusqu’à relayer des informations sans fondement, contribuant ainsi à la désinformation et à la diffamation.

Ces pratiques ne sont pas sans conséquences. Elles brouillent le travail des enquêteurs de la police et de la gendarmerie, perturbent le fonctionnement de la justice et fragilisent la sérénité nécessaire à l’action des magistrats. Plus grave encore, elles alimentent des tensions entre les citoyens, les institutions et les autorités publiques.

Face à cette situation, une question légitime se pose : pourquoi les professionnels du journalisme, les organisations de presse crédibles, les députés et l’État semblent-ils observer un silence face à ces dérives répétées ?

Aujourd’hui, de nombreux Sénégalais se détournent de certains médias traditionnels, autrefois respectés, en raison de la confusion entretenue dans l’espace public. Cette perte de confiance est un signal d’alarme qu’il ne faut pas ignorer.

Il est donc impératif que l’État prenne ses responsabilités. Les magistrats ainsi que les forces de défense et de sécurité ne peuvent exercer efficacement leur mission dans un environnement saturé de rumeurs, de jugements hâtifs et de campagnes de dénigrement.

Il est temps de mettre un terme à ces pratiques qui portent atteinte à l’honneur des personnes, discréditent les institutions et menacent la cohésion sociale. L’adoption de réformes ambitieuses du Code de la presse et des lois pénales apparaît aujourd’hui comme une réponse nécessaire pour encadrer ces nouveaux acteurs médiatiques.

La liberté d’expression, pilier de toute démocratie, ne saurait être confondue avec le droit de diffamer, de manipuler ou de nuire.

Mamadou Camara

Journaliste – Communicant

Kaolack

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