Par Mamadou Camara, journaliste
Kaolack
Au Sénégal, une partie de l’espace médiatique semble aujourd’hui souffrir d’un mal profond : l’inflation de la parole sans contenu. Sur certains plateaux de télévision comme à la radio, des journalistes et chroniqueurs enchaînent les interventions, souvent longues, parfois bruyantes, mais rarement utiles pour les populations.
Le constat est de plus en plus partagé par les auditeurs et téléspectateurs : beaucoup parlent, mais peu informent réellement. Les débats tournent en rond, les analyses manquent de profondeur, et les préoccupations essentielles — emploi des jeunes, coût de la vie, développement local, conditions des personnes vulnérables — sont reléguées au second plan. À la place, dominent les polémiques stériles, les commentaires superficiels et les prises de position sans valeur ajoutée.
Ce phénomène interroge le rôle même du journaliste dans la société. Informer ne consiste pas à occuper l’antenne à tout prix. C’est apporter de la clarté, contextualiser les faits, proposer des grilles de lecture pertinentes. Un bon journaliste ne parle pas pour remplir du temps, il parle pour éclairer.
Or, lorsque la parole devient vide, elle perd sa crédibilité. Pire, elle contribue à désorienter le public, à banaliser l’information et à détourner l’attention des véritables enjeux. Dans un pays confronté à de nombreux défis de développement, ce décalage entre discours médiatique et réalités sociales devient problématique.
La responsabilité est donc immense. Les journalistes et chroniqueurs doivent retrouver le sens de leur mission : servir le public. Cela passe par une meilleure préparation des interventions, une maîtrise des sujets abordés, et surtout une capacité à proposer des thématiques utiles, ancrées dans les réalités quotidiennes des citoyens.
Des réformes s’imposent dans le fonctionnement des médias. Elles pourraient concerner la formation continue des professionnels, l’encadrement des contenus, mais aussi la promotion d’un journalisme d’impact, orienté vers les solutions. Il est également essentiel de valoriser les voix compétentes, capables d’apporter une réelle plus-value au débat public.
Au-delà des réformes structurelles, c’est une question d’éthique et de responsabilité individuelle. Chaque prise de parole engage. Chaque minute d’antenne doit avoir un sens.
Car au final, informer, ce n’est pas parler beaucoup. C’est parler juste, utile, et au service du développement.
