Le style de communication de Bassirou Diomaye Faye a-t-il profondément évolué depuis son accession à la présidence de la République ? Pour le professeur en communication politique Bakary Domingo Mané, l’évolution est perceptible dans la manière dont le chef de l’État s’exprime désormais en public, notamment lorsqu’il aborde certaines questions politiques sensibles.
Selon l’analyste, au début de son mandat, Bassirou Diomaye Faye était davantage identifié à une parole directe, spontanée et parfois très tranchée. Ses interventions publiques, particulièrement face aux journalistes sénégalais, donnaient l’image d’un président assumant un registre de communication relativement franc et accessible.
Mais, estime Bakary Domingo Mané, cette manière de communiquer semble progressivement avoir laissé place à un autre style. « Ce Bassirou-là s’est éclipsé au profit d’un Bassirou qui fait beaucoup plus dans la diplomatie, qui parle à demi-mot », analyse-t-il.
Pour le spécialiste de la communication politique, le changement ne se limite donc pas au vocabulaire utilisé par le président. Il concerne également la manière de construire le message présidentiel, de choisir ses mots et de traiter des sujets susceptibles de provoquer des interprétations ou des controverses.
Du franc-parler au sens de la formule
Bakary Domingo Mané résume cette évolution par une formule : « On est passé du franc-parler au sens de la formule. »
Cette transformation traduit, selon lui, une communication davantage maîtrisée, où le chef de l’État privilégierait désormais les formulations indirectes et les messages à plusieurs niveaux de lecture.
Dans cette logique, un discours présidentiel peut ne pas citer explicitement une personnalité tout en faisant clairement référence à une situation ou à un acteur politique connu du public. Le message devient alors moins frontal, laissant aux auditeurs le soin d’identifier les personnes ou les événements auxquels le président ferait référence.
Sonko désormais évoqué par allusion
L’un des exemples évoqués par le professeur concerne la manière dont Bassirou Diomaye Faye parle désormais d’Ousmane Sonko depuis leur séparation politique.
D’après l’analyse de Bakary Domingo Mané, le président ne prononcerait plus directement le nom de son ancien allié dans certaines prises de parole. « Depuis la séparation, il ne parle de Sonko que par allusion. Il ne cite pas le nom, mais celui qui écoute le discours sait qu’il fait allusion à Sonko », souligne-t-il.
Cette façon de procéder marque, à ses yeux, une rupture avec la communication politique plus directe observée au début du mandat. Le choix de l’allusion permettrait de faire passer un message tout en évitant une confrontation verbale explicite.
Une communication présidentielle devenue plus codifiée
L’analyse de Bakary Domingo Mané renvoie plus largement aux transformations que peut connaître la communication d’un dirigeant une fois confronté aux exigences de la fonction présidentielle.
L’entrée dans l’exercice du pouvoir implique en effet une exposition nationale et internationale plus importante. Chaque mot prononcé par le chef de l’État peut être interprété politiquement, repris par les médias, commenté par les acteurs politiques ou perçu à l’étranger.
Dans ce contexte, le recours à une parole plus diplomatique peut être interprété comme une volonté de contrôler davantage le message présidentiel. Les silences, les sous-entendus, les formules choisies et même l’absence de certains noms peuvent alors devenir des éléments importants de la communication politique.
L’analyse du professeur Bakary Domingo Mané met ainsi en évidence une évolution du registre présidentiel : d’une parole présentée comme directe et spontanée vers une communication davantage construite autour de la diplomatie, de la retenue et de l’allusion.
Reste à savoir si cette évolution constitue simplement une adaptation aux contraintes de la fonction présidentielle ou si elle traduit une transformation plus profonde du rapport de Bassirou Diomaye Faye à la communication politique.
Mamadou Camara-Journaliste
Camou communication
Kaolack
