Kaolack — À quelques jours de la rentrée des élèves prévue le 8 octobre 2026, les préoccupations autour de l’école sénégalaise restent nombreuses. Le Syndicat autonome pour le développement de l’éducation et de la formation (SADEF), sous la conduite de son secrétaire général national Mbaye Sarr, continue d’interpeller les autorités sur la nécessité de traduire les engagements pris envers les enseignants en mesures concrètes.
Le contexte de cette rentrée est d’autant plus sensible que les autorités ont elles-mêmes placé la disponibilité des enseignants, la fonctionnalité des établissements et la mise à disposition du matériel pédagogique parmi les priorités de l’année scolaire 2026-2027. Le Conseil des ministres du 30 septembre a également insisté sur le recrutement adapté et la mise en place effective des personnels enseignants requis.
Le respect des engagements au cœur du discours du SADEF
Dès janvier 2026, le SADEF avait donné le ton en déposant un préavis de grève couvrant l’année. Le syndicat dénonçait notamment des lenteurs administratives, des engagements gouvernementaux qu’il estimait insuffisamment matérialisés, ainsi que plusieurs problèmes liés aux carrières et aux droits financiers des enseignants.
Parmi les revendications citées figuraient l’application des textes portant sur la rémunération des enseignants, le paiement des rappels et arriérés, le règlement de certaines situations administratives, l’amélioration des indemnités, mais également l’amélioration des conditions pédagogiques dans les établissements.
Pour Mbaye Sarr, la question n’est donc pas seulement celle de la rentrée des classes. Elle concerne plus largement la crédibilité du dialogue social et la capacité de l’État à transformer les accords et engagements en décisions effectivement appliquées.
Avril 2026 : le SADEF critique l’accord Gouvernement-G7
La tension s’est également manifestée au mois d’avril, après la signature du protocole d’accord entre le Gouvernement et le G7.
Le SADEF, par la voix de Mbaye Sarr, avait alors vivement critiqué le contenu du protocole, considérant que plusieurs attentes majeures des enseignants demeuraient sans réponse concrète. Le syndicat avait notamment soulevé la question du décret n°2026-65, ainsi que celle de l’imputation budgétaire, des pensions des enseignants à la retraite et du relèvement de l’âge de départ à la retraite à 65 ans.
Cette position traduit une préoccupation récurrente du SADEF : éviter que le dialogue entre l’État et les syndicats ne débouche uniquement sur des annonces, sans mécanismes suffisamment précis permettant leur mise en œuvre.
Le recrutement de 2 500 enseignants : nouvelle alerte
En août, Mbaye Sarr est également intervenu sur le recrutement spécial de plus de 2 500 enseignants.
Le secrétaire général du SADEF a appelé les autorités à prendre en compte les enseignants diplômés et expérimentés du secteur privé. Le syndicat a notamment défendu l’idée d’élargir l’accès au recrutement aux enseignants disposant d’une expérience professionnelle significative et a plaidé pour une limite d’âge pouvant aller jusqu’à 40 ans.
Le SADEF a parallèlement demandé que le recrutement repose sur des critères clairs, publics et vérifiables. Cette sortie intervenait alors que le ministère préparait effectivement le recrutement spécial complémentaire de 2 527 enseignants, dont le délai de dépôt des dossiers avait été prorogé jusqu’au 16 septembre 2026.
Pour le SADEF, l’expérience des enseignants doit être valorisée
Au-delà du nombre de postes à pourvoir, Mbaye Sarr pose donc la question de la valorisation de l’expérience professionnelle.
Les enseignants ayant déjà exercé dans les établissements privés constituent, selon le SADEF, un vivier de compétences immédiatement mobilisable. Le syndicat estime que leur expérience pédagogique devrait être prise en considération dans les critères de sélection.
Cette préoccupation rejoint d’ailleurs une question plus ancienne portée par le SADEF : celle de la professionnalisation et de la reconnaissance du métier d’enseignant.
Une rentrée placée sous le signe de la stabilité sociale
Les autorités ont, de leur côté, affiché la volonté de préserver la stabilité du système éducatif.
Lors du Conseil interministériel du 25 septembre consacré à la préparation de la rentrée, le Gouvernement a arrêté 27 décisions destinées à assurer le bon déroulement des enseignements-apprentissages. Parmi les priorités figuraient notamment l’affectation des enseignants, le fonctionnement des établissements et la disponibilité du matériel pédagogique. Le même cadre gouvernemental rappelle également la nécessité du dialogue permanent et du respect des accords conclus avec les partenaires sociaux.
Le Conseil des ministres du 30 septembre a ensuite demandé au Gouvernement de prendre toutes les dispositions nécessaires pour une bonne rentrée et a insisté sur la stabilité sociale ainsi que sur la mise en place effective des personnels enseignants requis.
À Kaolack comme ailleurs, les enseignants attendent des actes
Dans ce contexte, la rentrée 2026-2027 constitue un moment important pour apprécier l’état du dialogue entre les pouvoirs publics et les organisations syndicales.
Le SADEF entend rester attentif à l’évolution des dossiers concernant les carrières, les rémunérations, les conditions de travail, le recrutement et la formation professionnelle des enseignants.
La démarche de Mbaye Sarr s’inscrit ainsi dans une ligne constante : défendre les intérêts matériels et moraux des enseignants tout en appelant à la préservation de l’école et du dialogue social.
La question centrale reste désormais celle de la mise en œuvre effective des engagements. Car derrière les protocoles, les réunions et les annonces, ce sont les conditions concrètes d’exercice du métier d’enseignant et la qualité des apprentissages qui se trouvent directement concernées.
À l’ouverture de cette nouvelle année scolaire, le SADEF demande donc à l’État de poursuivre le dialogue, mais surtout de donner une traduction concrète aux engagements pris envers les enseignants.
La rentrée pourra ainsi être appréciée non seulement à travers l’ouverture physique des classes, mais également à travers la capacité des différents acteurs à installer durablement un climat de confiance, de stabilité et de responsabilité autour de l’école sénégalaise.
Mamadou Camara – Journaliste
Camou Communication
Kaolack
