Guinée-Bissau : l’armée bloque le retour d’Embalo et accentue la pression avant la présidentielle

Le bras de fer entre Umaro Sissoco Embaló et les autorités militaires de transition prend une nouvelle tournure en Guinée-Bissau. L’ancien président, qui avait annoncé son retour au pays pour ce dimanche 4 octobre afin de préparer sa candidature à la présidentielle du 6 décembre, n’a finalement pas pu regagner Bissau. Le Haut Commandement militaire a estimé que les conditions de sécurité nécessaires à son retour n’étaient pas réunies.

Cette décision intervient quelques jours seulement après l’annonce, le 28 septembre, de la candidature d’Embaló au prochain scrutin présidentiel. Après plusieurs mois d’exil au Maroc, l’ancien chef de l’État voulait ainsi reprendre directement place dans le jeu politique national et défendre son projet de retour à l’ordre constitutionnel.

L’armée invoque la sécurité nationale

Dans son communiqué, le Haut Commandement militaire affirme que sa décision repose sur des considérations liées à la sécurité nationale, à la préservation de l’ordre public et à la stabilité du pays. Les autorités militaires maintiennent également les restrictions concernant les manifestations, rassemblements et activités politiques durant la période de transition.

Pour la junte, il ne s’agit donc pas officiellement d’une interdiction définitive faite à l’ancien président de participer à la vie politique, mais d’une décision liée aux conditions sécuritaires actuelles. Toutefois, le blocage de son retour constitue un sérieux coup d’arrêt à sa stratégie politique à quelques semaines de la présidentielle.

La garde rapprochée d’Embaló au cœur des tensions

La question sécuritaire s’est également cristallisée autour de la garde rapprochée de l’ancien président. Plusieurs sources rapportent que des dizaines de membres de cette sécurité ont été désarmés ou réaffectés dans d’autres unités à la suite de l’annonce du retour d’Embaló. Certaines informations évoquent entre 60 et 80 agents concernés.

Ces mouvements avaient suscité des inquiétudes dans la population et conduit les autorités à appeler au calme. L’opération est présentée officiellement comme une réorganisation au sein des forces armées, mais elle alimente les interrogations sur la volonté de la junte de réduire l’influence des hommes considérés comme proches de l’ancien président.

Ce dimanche 4 octobre, Embaló a de nouveau appelé ses partisans à la sérénité. Il a notamment rejeté les accusations selon lesquelles il aurait constitué des forces spéciales destinées à agir contre la population, alors que les autorités militaires ont procédé à la démobilisation et à la réaffectation d’éléments de son ancienne garde présidentielle.

L’opposition se félicite de la décision

Du côté de l’opposition, la décision de l’armée est accueillie avec satisfaction. Deux coalitions hostiles à Embaló ont notamment salué le démantèlement de ce qu’elles considèrent comme des structures de sécurité échappant au contrôle normal de l’état-major. Elles accusent ces éléments d’avoir été impliqués par le passé dans des actes illégaux contre des citoyens.

Cette réaction illustre la profondeur des divisions politiques qui traversent la Guinée-Bissau. Le retour d’Embaló, loin de constituer un simple déplacement d’un ancien chef d’État, est devenu un enjeu majeur pour l’équilibre politique du pays.

Une présidentielle désormais sous haute tension

La situation est d’autant plus sensible que les autorités de transition ont fixé au 6 décembre 2026 les prochaines élections présidentielle et législatives. Le scrutin doit permettre, selon le calendrier annoncé, de mettre fin à la transition militaire et de réinstaller un pouvoir civil.

Mais la candidature d’Embaló soulève déjà une autre interrogation : celle de son éligibilité. La réforme constitutionnelle approuvée lors du référendum d’août a notamment renforcé les pouvoirs présidentiels et introduit de nouvelles dispositions concernant les conditions de candidature, dont une exigence de résidence qui pourrait compliquer la situation de l’ancien président, exilé depuis plusieurs mois.

Pour l’heure, Embaló affirme toujours vouloir participer à la présidentielle et demande que sa candidature soit examinée de manière impartiale par les autorités compétentes. Le refus de son retour ne signifie donc pas, à lui seul, que sa candidature est juridiquement écartée.

Vers une nouvelle recomposition politique ?

Le bras de fer actuel pourrait également provoquer une recomposition des forces politiques bissau-guinéennes. En empêchant le retour d’Embaló tout en renforçant le contrôle de l’appareil sécuritaire, la junte montre qu’elle entend conserver la maîtrise de la transition.

La question centrale reste désormais celle de la capacité des autorités militaires à respecter le calendrier électoral tout en garantissant un processus politique ouvert. Pour la Guinée-Bissau, pays marqué depuis des décennies par les crises institutionnelles et les interventions de l’armée dans la vie politique, le scrutin du 6 décembre constituera un test majeur.

Le cas Umaro Sissoco Embaló concentre aujourd’hui toutes les tensions : un ancien président renversé qui veut revenir par les urnes, une junte qui invoque la sécurité pour empêcher son retour, une opposition qui applaudit la mise à l’écart de son dispositif sécuritaire et une population qui redoute une nouvelle confrontation.

La prochaine étape sera donc déterminante : entre maintien du calendrier électoral, éventuelle participation d’Embaló et attitude de l’armée, la Guinée-Bissau reste suspendue à l’évolution de cette crise politique.

Mamadou Camara-Journaliste

Camou Communication

Kaolack

 

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