Les enquêtes parlementaires engagées par les députés sénégalais suscitent des réactions favorables chez certains citoyens, qui y voient une démarche importante en faveur de la transparence, du contrôle de l’action publique et de la bonne gouvernance. Pour ces citoyens, toute initiative visant à éclairer l’opinion sur la gestion des ressources publiques mérite d’être encouragée, dans le respect des lois et des principes de l’État de droit.
Cependant, pour une partie de l’opinion, cet exercice de contrôle ne devrait pas se limiter aux seuls membres du gouvernement, aux ministres ou aux personnalités ayant occupé ou occupant des postes de responsabilité au sommet de l’État. Il devrait également inspirer une culture plus large de redevabilité, couvrant l’ensemble des structures qui participent à la gestion des affaires publiques.
Des collectivités territoriales aux services déconcentrés de l’État
Les collectivités territoriales, en tant qu’acteurs essentiels de la décentralisation, gèrent des compétences, des projets et des ressources destinés à améliorer les conditions de vie des populations. À ce titre, leur fonctionnement et l’utilisation des fonds publics doivent pouvoir faire l’objet de mécanismes de contrôle adaptés, conformément aux textes en vigueur.
La même exigence de transparence devrait concerner les services déconcentrés de l’État, les établissements scolaires publics, les structures sanitaires et les hôpitaux. Dans ces secteurs essentiels, les citoyens sont en droit de s’interroger sur l’affectation des budgets, l’exécution des projets, la qualité des services rendus et les résultats obtenus, sans pour autant présumer de l’existence d’irrégularités.
Les médias, eux aussi, peuvent être concernés par cette réflexion lorsqu’ils bénéficient de financements publics, de subventions ou de ressources issues de conventions avec l’État. L’objectif ne serait pas de remettre en cause leur liberté éditoriale, mais de garantir une gestion transparente des fonds publics, dans le respect de leur indépendance et des dispositions légales applicables.
Une exigence de transparence, sans accusation ni règlement de comptes
Pour les citoyens favorables à cette démarche, la transparence ne doit être ni sélective ni circonstancielle. Elle doit reposer sur des règles claires, des procédures régulières et des institutions capables de contrôler la gestion publique avec impartialité.
Il ne s’agit pas d’accuser une personne, une administration ou une institution en particulier. Il s’agit plutôt de défendre un principe fondamental : toute structure qui gère des ressources publiques doit pouvoir rendre compte de leur utilisation. Les éventuelles responsabilités doivent être établies sur la base de faits vérifiables, de documents et de procédures contradictoires, dans le respect de la présomption d’innocence.
Les enquêtes parlementaires, lorsqu’elles sont menées dans le cadre des compétences prévues par la loi, peuvent contribuer à éclairer les citoyens sur des questions d’intérêt général. Elles ne sauraient toutefois se substituer aux autres organes de contrôle ni devenir un instrument de stigmatisation. La recherche de la vérité exige rigueur, indépendance et respect des droits de toutes les personnes concernées.
Ne pas s’arrêter en chemin : faire de la reddition des comptes une culture nationale
Pour de nombreux citoyens, l’enjeu dépasse les enquêtes parlementaires elles-mêmes. Il consiste à inscrire durablement la reddition des comptes dans le fonctionnement des institutions publiques, à tous les échelons de l’administration.
L’argent public provient, directement ou indirectement, des contributions de la collectivité. Son utilisation doit donc être expliquée, justifiée et contrôlée. Les populations veulent comprendre comment les ressources sont mobilisées, quels projets sont financés, quels résultats sont obtenus et quelles améliorations sont apportées à leur quotidien.
Cette exigence est d’autant plus importante que la confiance entre les citoyens et les institutions repose aussi sur la capacité des responsables à rendre compte de leurs décisions et de leur gestion.
La transparence comme engagement durable
Au-delà de l’actualité des enquêtes parlementaires, le Sénégal gagnerait à renforcer les mécanismes de contrôle existants, à améliorer l’accès à l’information publique et à favoriser la publication régulière de rapports sur l’utilisation des ressources collectives.
Le contrôle ne doit pas être perçu comme une menace pour les institutions, mais comme un moyen de consolider leur crédibilité. Une administration qui rend compte de son action, une collectivité territoriale qui explique ses choix budgétaires et un établissement public qui justifie l’utilisation de ses ressources contribuent à renforcer la confiance des populations.
En définitive, les citoyens qui saluent cette dynamique souhaitent qu’elle ne s’arrête pas à un exercice ponctuel. Ils appellent à une transparence durable, applicable à toutes les structures concernées par la gestion publique, dans le respect des compétences de chaque institution.
Car la bonne gouvernance ne se mesure pas seulement à la capacité de contrôler les responsables au sommet de l’État. Elle se mesure aussi à la volonté de faire de la responsabilité, de la transparence et du respect des deniers publics des principes incontournables à tous les niveaux.
Mamadou Camara – Journaliste
Camou Communication
Kaolack
