Hommage à Amady Sy « Zorro  » : un homme libre, digne et inoubliable

l y a des hommes qui marquent leur époque non pas par leur richesse, ni par leur pouvoir, mais par leur courage, leur dignité, leur générosité et les souvenirs qu’ils laissent dans le cœur de ceux qui les ont connus. Amadou Sy, affectueusement surnommé Zorro, était de ces hommes-là.

Zorro habitait à Kasnack, près de l’ancienne boulangerie, en face de la famille Ndoye, non loin de l’école élémentaire El Seck Faye, anciennement appelée Kasnack 2. Un quartier qui a vu grandir un homme populaire, connu et apprécié bien au-delà de son voisinage, notamment entre Kasnack, Léona et plusieurs autres quartiers de Kaolack.

Passionné de lutte, Zorro était connu pour ses confrontations avec son ami et adversaire de l’époque, Zazou. Ils se sont affrontés à plusieurs reprises dans l’arène, dans un esprit de rivalité qui a marqué les mémoires. Mais au-delà de la lutte, Zorro était également connu dans les « kassack », ces moments de rassemblement et de convivialité qui rythmaient la vie de quartier.

C’était aussi un fervent supporter du Real Madrid. Les habitués du cinéma ABC, du Lux et de chez feu Ndiaye Honda, à El Passo, se souviennent certainement de sa présence, de ses amitiés et de son attachement au club madrilène. Les jours de match, on pouvait souvent l’apercevoir au bas de la main courante du stade Lamine Guèye. Au rythme des tambours, il esquissait quelques pas de danse, laissant parler sa joie et sa passion. Ces scènes, simples mais vivantes, resteront gravées dans la mémoire de ceux qui les ont partagées avec lui.

Mais derrière le lutteur, le supporter et l’homme populaire se cachait surtout un homme profondément indépendant et généreux.

Zorro était un homme qui s’est toujours battu dans la vie. Il ne comptait que sur sa propre force pour gagner son pain quotidien. Il avançait avec ses moyens, sa volonté et sa fierté, sans vouloir dépendre de qui que ce soit. Pourtant, il avait des parents de sang, notamment dans la famille de feu Babou Niang, à Léona. Mais sa philosophie semblait être celle d’un homme qui préférait se battre seul plutôt que de tendre la main.

Il a vécu avec cette force de caractère jusqu’au jour où les épreuves de la vie ont commencé à peser sur lui. Le temps, la maladie et l’affaiblissement physique ont fini par lui retirer cette force qui avait longtemps été sa plus grande richesse. Celui qui avait toujours compté sur ses bras et son courage s’est retrouvé diminué par la maladie.

Et pourtant, ce qui faisait la grandeur de Zorro ne se résumait pas à sa force physique. Son véritable héritage était aussi dans son cœur, particulièrement dans l’amour qu’il portait aux enfants. Il les aimait sincèrement et partageait volontiers son argent avec eux. Même lorsqu’il avait peu, il trouvait le moyen de donner. Il savait offrir un sourire, un geste de générosité et un peu de bonheur à ces enfants qui l’entouraient.

Voilà une qualité qui mérite d’être rappelée : celle d’un homme qui, malgré ses propres difficultés, pensait encore aux autres. Car la grandeur d’un être humain ne se mesure pas uniquement à ce qu’il possède, mais aussi à ce qu’il donne et à la joie qu’il apporte autour de lui.

Aujourd’hui, Amadou Sy, notre Zorro, n’est plus de ce monde. Affaibli par la maladie et privé de cette force qui l’avait accompagné tout au long de son existence, il a fini par rendre l’âme. Mais il est parti avec la dignité et l’honneur d’un homme qui a mené son combat à sa manière, sans renier ses principes.

Zorro est parti, mais son histoire ne s’effacera pas.

À Kasnack, à Léona, à El Passo et dans les autres quartiers de Kaolack, certains se souviendront du lutteur, d’autres du supporter du Real Madrid, d’autres encore de l’homme des rassemblements, des tambours et des pas de danse au stade Lamine Guèye. Et ceux qui l’ont véritablement connu se souviendront surtout de l’homme fier, indépendant, courageux et généreux, qui aimait les enfants et partageait avec eux ce qu’il avait.

La mort emporte les hommes, mais elle n’efface ni les actes de bonté, ni les souvenirs, ni les traces laissées dans le cœur des vivants.

Repose en paix, Amadou Sy, dit Zorro.

Que le Tout-Puissant t’accorde Son pardon, t’accueille dans Son vaste paradis et fasse miséricorde à ton âme.

Tu as quitté ce monde, mais ton nom continuera de résonner dans les souvenirs de Kasnack, de Léona et de toute la ville de Kaolack.

Zorro, l’homme qui ne voulait dépendre que de sa propre force, mais qui savait partager avec les plus petits, restera à jamais dans nos mémoires.

Paix à ton âme, Zorro. Que la terre de Kaolack te soit légère.

Mamadou Camara-Journaliste

Kaolack

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