Commission d’enquête parlementaire : Daouda Ngom dénonce des paiements sans contrats dans le dossier  » un étudiant, un ordinateur « 

Près de 50 000 ordinateurs commandés en trois mois : l’ancien ministre pointe des irrégularités dans la gestion des contrats et explique l’origine des dettes envers les fournisseurs.

Auditionné devant la Commission d’enquête parlementaire chargée d’examiner le programme « Un étudiant, un ordinateur », l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le professeur Daouda Ngom, a livré sa lecture des difficultés financières rencontrées par l’État dans ce dossier. Au cœur de ses déclarations : des contrats qu’il affirme ne pas avoir consultés pour la période 2017-2022 et des commandes d’ordinateurs qui auraient largement dépassé les besoins annuels en 2023.

Plus de 21 milliards de FCFA engagés sans contrats présentés au ministre

Selon Daouda Ngom, les contrats et conventions conclus entre 2017 et 2022 ne lui auraient jamais été présentés, alors que plus de 21 milliards de francs CFA auraient été mobilisés par le Trésor public durant cette période.

L’ancien ministre estime que cette situation soulève de sérieuses interrogations sur la traçabilité des engagements financiers et les procédures de paiement. « Cela veut dire que des montants ont été versés sans contrats », a-t-il déclaré devant les parlementaires.

Il a également expliqué avoir reçu, à leur demande, le directeur général de Computer Land ainsi que les responsables d’Oumou Group, venus réclamer le règlement de sommes dues par l’État. Ces fournisseurs lui auraient fait part de leurs difficultés à joindre le professeur Mame Penda Ba, alors directrice du financement des établissements d’enseignement supérieur.

Près de 50 000 ordinateurs commandés en trois mois

L’ancien ministre a particulièrement insisté sur les commandes passées en 2023. D’après ses explications, les besoins annuels se situaient entre 20 000 et 25 000 ordinateurs, pour une enveloppe budgétaire de l’État plafonnée à environ 6 milliards de francs CFA par an.

Or, les données présentées lors de son audition font état de plusieurs contrats conclus en l’espace de quelques semaines.

Le 21 juillet 2023, la Direction générale de l’Enseignement supérieur aurait signé avec Oumou Group un contrat portant sur 4 368 ordinateurs. Le 10 août suivant, un deuxième contrat de 20 000 machines aurait été conclu avec le même fournisseur. À ces commandes s’est ajouté un contrat de 25 000 ordinateurs signé avec Computer Land le 4 octobre 2023.

Au total, 49 368 ordinateurs auraient ainsi été commandés en moins de trois mois, soit près du double des besoins annuels estimés par l’ancien ministre.

Pour Daouda Ngom, cet écart entre les besoins annoncés et les volumes commandés constitue un élément essentiel pour comprendre l’accumulation des dettes envers les fournisseurs.

Computer Land réclamait 2,85 milliards de FCFA

Sur le volet financier, l’ancien ministre a indiqué que Computer Land réclamait à l’État 2,85 milliards de francs CFA. Un paiement aurait été effectué durant son mandat, laissant un reliquat d’environ 2 milliards de francs CFA à régler.

Face aux réclamations des fournisseurs, Daouda Ngom affirme avoir demandé à la directrice concernée de procéder aux paiements dès la disponibilité des crédits nécessaires.

Ces déclarations placent désormais la gestion des commandes, la régularité des contrats et le suivi des paiements au centre des investigations parlementaires.

Des responsabilités à clarifier

L’audition de Daouda Ngom apporte de nouveaux éléments au débat sur la gestion du programme « Un étudiant, un ordinateur ». Toutefois, les affirmations formulées devant la Commission d’enquête parlementaire devront être confrontées aux contrats, aux pièces comptables, aux justificatifs de livraison et aux données du Trésor public.

L’enjeu est de déterminer dans quelles conditions les commandes ont été autorisées, si les volumes correspondaient aux besoins réels des étudiants et comment les dettes envers les fournisseurs se sont constituées.

Au-delà des déclarations des différents responsables auditionnés, la Commission est ainsi appelée à établir les faits, à retracer les circuits financiers et à situer les responsabilités éventuelles dans ce dossier qui engage des fonds publics importants.

Mamadou Camara, journaliste

Camou Communication — Kaolack

 

chevron_left
chevron_right

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaire
Nom
E-mail
Site