Kaolack attend sa tournée économique et rappelle au Chef de l’Etat une priorité : le dragage du port fluvial du Saloum

Dragage du fleuve du Saloum : une vieille doléance de Kaolack, de Wade à Diomaye–Sonko

 

Entre promesses électorales répétées, nouvelles contraintes infrastructurelles et attente persistante, le port de Kaolack toujours en quête de relance

 

Par Mamadou Camara, journaliste

Kaolack

 

À Kaolack, le dragage du fleuve du Saloum n’est ni un slogan nouveau ni une revendication conjoncturelle. Il s’agit d’une vieille doléance, profondément ancrée dans la mémoire collective des populations, régulièrement remise au goût du jour à chaque cycle politique, mais qui tarde toujours à être satisfaite. De Me Abdoulaye Wade à Macky Sall, en passant aujourd’hui par le régime du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, la promesse de redonner vie au port de Kaolack s’est imposée comme un classique des discours politiques.

 

Pourtant, sur le terrain, le constat reste inchangé : le fleuve s’ensable, le port décline et l’économie locale peine à retrouver un souffle maritime qui fut autrefois l’un de ses moteurs.

 

Sous Abdoulaye Wade : l’espoir d’une renaissance portuaire jamais concrétisée

 

Sous le régime de Me Abdoulaye Wade, Kaolack figurait déjà dans les projections comme un pôle économique stratégique à réhabiliter. La relance du port et le dragage du Saloum étaient présentés comme des leviers pour soutenir le bassin arachidier, faciliter l’écoulement des productions agricoles et désenclaver durablement le centre du pays.

 

Mais malgré les annonces et les intentions affichées, le projet n’a jamais dépassé le stade des promesses. Aucune opération de dragage structurante n’a été engagée, laissant place à une déception qui s’est progressivement installée dans les esprits.

 

Macky Sall : des engagements réaffirmés, des attentes prolongées

 

Avec l’arrivée au pouvoir de Macky Sall, les espoirs renaissent. À plusieurs reprises, le dragage du fleuve du Saloum est inscrit parmi les priorités annoncées pour la relance économique régionale et la modernisation des infrastructures portuaires secondaires. Des études sont évoquées, des projets annoncés, des intentions confirmées.

 

Mais à Kaolack, la réalité demeure la même : le fleuve continue de s’ensabler, la navigabilité se réduit et le port poursuit son lent déclin. Pour de nombreux acteurs locaux, cette période aura surtout été celle d’attentes prolongées et d’engagements sans aboutissement concret.

 

Diomaye Faye – Sonko : une rupture attendue face à une revendication ancienne

 

L’avènement du régime du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, avec Ousmane Sonko comme Premier ministre, a ravivé l’espoir d’un changement de méthode. À Kaolack, la question du dragage du Saloum revient avec insistance, portée par l’idée que ce nouveau pouvoir, issu d’un discours de rupture et de transformation systémique, pourrait enfin passer de la parole aux actes.

 

Mais l’impatience est palpable. Car pour les populations de Kaolack, le dragage du fleuve n’est plus un projet à vendre politiquement : il est devenu une nécessité économique urgente.

 

Une doléance devenue symbole de frustration politique locale

 

Au fil des régimes, le dragage du fleuve du Saloum s’est transformé en symbole d’une frustration persistante :

 

Un port stratégique quasiment à l’arrêt

 

Des opportunités d’emplois perdues

 

Des commerçants et transporteurs contraints de se tourner vers d’autres ports

« On nous promet le dragage à chaque élection. Les présidents passent, le fleuve reste ensablé », résume un ancien travailleur portuaire, amer mais lucide.

 

Le pont de Dakhonga–Foundiougne : une avancée majeure, mais un nouveau défi pour Kaolack

 

À cette problématique ancienne s’ajoute désormais une nouvelle contrainte structurelle : le pont de Dakhonga reliant Fatick à Foundiougne, aujourd’hui pleinement fonctionnel. Saluée à juste titre comme une infrastructure majeure de désenclavement du Sine-Saloum, cette réalisation pose toutefois un défi technique important pour la relance du port de Kaolack.

 

En effet, la hauteur et la configuration du pont constituent un obstacle potentiel à l’accès des navires gros porteurs, limitant leur capacité à remonter le fleuve et à jeter l’ancre au port de Kaolack. Autrement dit, le dragage du fleuve, aussi indispensable soit-il, ne saurait à lui seul suffire si la question de l’accessibilité maritime n’est pas intégrée dans une réflexion globale.

 

Quelles solutions pour concilier infrastructure moderne et activité portuaire ?

 

Plusieurs pistes sont aujourd’hui évoquées par des spécialistes du secteur maritime et des acteurs économiques locaux :

 

Adapter la relance du port à des navires de tonnage intermédiaire, compatibles avec le tirant d’air du pont ;

 

Mettre en place des zones de transbordement en aval, permettant aux navires gros porteurs de décharger leurs marchandises avant un acheminement vers Kaolack par barges ou unités plus légères ;

 

Mener une étude technique approfondie de la navigabilité sous le pont, intégrant marées, contraintes hydrauliques et fenêtres de passage ;

 

Repenser le port de Kaolack dans une vision logistique intégrée, complémentaire aux ports en eau profonde plutôt que concurrente.

 

Kaolack attend des actes, pas un nouveau discours

 

Aujourd’hui plus que jamais, Kaolack attend des décisions concrètes. Le dragage du fleuve du Saloum, combiné aux nouvelles réalités infrastructurelles comme le pont de Dakhonga–Foundiougne, constitue un véritable test politique pour le régime Diomaye–Sonko.

 

Aux yeux des populations, il ne s’agit plus d’annoncer, mais d’agir. À Kaolack, le message est clair, direct et sans détour : le temps des promesses est révolu, place aux actes.

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