Situation des. Sages-femmes au Sénégal
Actrices clés de la santé maternelle et néonatale, les sages-femmes réclament une reconnaissance officielle et urgente de leur statut professionnel, à la hauteur de leurs responsabilités et de leur rôle stratégique dans le système de santé.
Au Sénégal, la question du statut professionnel des sages-femmes s’impose aujourd’hui comme une urgence nationale. Présentes au premier rang des soins de santé maternelle et néonatale, notamment dans les zones rurales et périphériques, les sages-femmes assurent le suivi des grossesses, les accouchements, les soins postnataux et la planification familiale. Pourtant, leur reconnaissance juridique et institutionnelle reste en décalage avec la réalité du terrain.
La profession est encore encadrée par des textes anciens, hérités pour l’essentiel d’une législation datant de 1966. Ces dispositions, aujourd’hui dépassées, continuent de considérer les sages-femmes comme de simples auxiliaires, sous tutelle médicale, alors même que leur formation, leurs compétences et leurs responsabilités ont considérablement évolué. Cette situation crée un profond malaise au sein du corps professionnel et alimente un sentiment d’injustice.
L’absence d’un statut clair expose également les sages-femmes à une insécurité juridique préoccupante. Dans l’exercice quotidien de leurs fonctions, elles accomplissent des actes médicaux essentiels, souvent dans des contextes difficiles et avec des moyens limités. Sans cadre juridique précis ni protection institutionnelle adéquate, elles restent vulnérables face aux risques professionnels et aux contentieux éventuels.
Autre point de crispation : l’Ordre national des sages-femmes et maïeuticiens, pourtant prévu par la loi, n’est toujours pas opérationnel faute de décrets d’application. Cette situation prive la profession d’un organe de régulation, de représentation et de défense, contrairement à d’autres corps de la santé bénéficiant d’ordres pleinement fonctionnels.
Pour les organisations professionnelles, cette reconnaissance n’est pas un luxe, mais une nécessité. Valoriser le statut des sages-femmes, c’est renforcer le système de santé, améliorer la qualité des soins et contribuer efficacement à la réduction de la mortalité maternelle et néonatale. C’est aussi s’aligner sur les standards internationaux qui reconnaissent la maïeutique comme une profession médicale à part entière.
À travers leurs revendications, les sages-femmes interpellent l’État sur sa responsabilité. Elles appellent à une réforme urgente des textes, à la clarification de leur statut professionnel et à la mise en place effective de leur ordre. Une attente légitime pour des femmes et des hommes qui, chaque jour, sauvent des vies dans l’ombre.
Par Mamadou Camara
Journaliste – Communicant
