Kaolack: Incohérences de la décentralisation , l’État engage la refondation territoriale

À Kaolack, deux journées de concertation pour corriger les incohérences et bâtir des collectivités locales viables

Kaolack – Les acteurs de la décentralisation se sont réunis à Kaolack à l’occasion de deux journées nationales de concertation consacrées à l’Acte IV de la décentralisation, une réforme majeure portée par l’État dans le cadre de l’agenda national de transformation. Au cœur des échanges : les incohérences territoriales, la viabilité des communes, le financement des collectivités locales et le rôle stratégique du Conseil National pour le Développement Territorial (CNDT).

Présidant les travaux, le ministre des Collectivités territoriales, de l’Aménagement et du Développement des territoires, Moussa Balla Fofana, a réaffirmé la centralité de la décentralisation dans le processus de transformation de l’action publique.

« On ne peut pas parler de transformation si la décentralisation n’accompagne pas, et on ne peut pas parler de décentralisation si la territorialité n’est pas une réalité », a-t-il déclaré.

Deux jours de concertation pour accélérer l’Acte IV

Ces deux journées ont permis d’approfondir le dialogue entre l’État, les élus locaux, les administrations techniques, les experts en décentralisation et les représentants de la société civile. Cette démarche s’inscrit dans une mission confiée par les autorités au ministère en charge des Collectivités territoriales : parcourir l’ensemble du territoire national, rencontrer les acteurs à la base et identifier les principaux blocages techniques.

« Cette démarche nous a permis de faire émerger quinze points majeurs de réforme destinés à rehausser notre système de décentralisation à un niveau conforme aux standards et à l’image de notre démocratie », a expliqué le ministre.

Un rapport de concertation pour une politique publique structurante

À l’issue de ces travaux, un rapport national de concertation sera élaboré autour des quinze points de réforme identifiés. Ce document constituera la base d’un document de politique publique destiné à stabiliser les consensus et à lancer la mise en œuvre effective de l’Acte IV de la décentralisation.

L’ambition affichée est de doter le pays de municipalités viables, structurées et fortes, disposant de ressources humaines qualifiées, de moyens financiers suffisants et de capacités techniques leur permettant d’assurer la planification, la mobilisation des ressources et la fourniture de services publics de qualité, notamment dans les domaines du cadre de vie, de l’économie locale, de l’économie verte, des changements climatiques, de l’assainissement, de l’éducation, des pôles territoriaux et de l’offre de services.

Les incohérences territoriales, un défi majeur

Les incohérences territoriales ont constitué l’un des principaux points de discussion. Le ministre a reconnu qu’il s’agit d’un problème quotidien, régulièrement soulevé par les maires et les élus locaux.

« Il existe des communes auxquelles on ne peut accéder qu’en traversant d’autres municipalités. Mais au-delà des questions de frontières, la véritable problématique reste celle de la viabilité », a-t-il souligné.

La réponse de l’État privilégie l’harmonisation et la coopération entre collectivités, notamment à travers l’intercommunalité, afin de corriger les limites territoriales et renforcer la viabilité des communes concernées. L’État s’est engagé à accompagner toutes les collectivités confrontées à des difficultés structurelles.

Le rôle central du Conseil National pour le Développement Territorial

Dans la nouvelle architecture de la décentralisation, le Conseil National pour le Développement Territorial (CNDT) joue un rôle stratégique. Il constitue un cadre de concertation nationale inclusive autour de la répartition équitable et transparente des ressources financières destinées aux collectivités territoriales.

Le CNDT a pour missions de :

définir les orientations stratégiques en matière d’allocation des ressources financières aux collectivités locales ;

veiller à une répartition juste et équilibrée des fonds, tenant compte des disparités territoriales et des priorités de développement ;

assurer la coordination entre les ministères sectoriels concernés ;

garantir la cohérence entre les politiques publiques nationales et les plans de développement locaux ;

promouvoir la transparence, l’efficacité et la redevabilité dans la gestion des ressources transférées ;

servir de cadre permanent de dialogue entre l’État, les collectivités territoriales et les autres acteurs du développement.

Par cette mission, le CNDT contribue à renforcer la décentralisation financière, à consolider la viabilité des collectivités territoriales et à impulser un développement territorial harmonieux et durable.

Une première : le Conseil départemental de développement territorial délocalisé à Kaolack.

Une rencontre marquée par la présence de Abibou Camara, Adjoint au gouverneur,  chargé du développement et représentants des collectivités territoriales et

Dans l’après-midi, en marge des travaux, le ministre Moussa Balla Fofana a également présidé le Conseil départemental de développement territorial, une rencontre inédite par son format et sa portée.

Cette instance, habituellement organisée à Dakar sous forme de conclave national, a été décentralisée pour la première fois à Kaolack, traduisant la volonté du nouveau régime de rapprocher les cadres stratégiques de décision des territoires.

La rencontre a enregistré une forte mobilisation intersectorielle, avec la participation de représentants de presque tous les ministères, notamment ceux des Finances, des Sports, de l’Éducation, de la Santé, ainsi que des services déconcentrés et techniques de l’État.

Cette session a permis de renforcer la coordination interministérielle au niveau territorial, d’aligner les politiques sectorielles sur les priorités locales et de consolider le rôle des collectivités territoriales comme acteurs centraux du développement.

Vers une nouvelle gouvernance territoriale

À l’issue de ces deux journées de concertation, les autorités annoncent la finalisation imminente du rapport national de concertation et du document de politique publique. Une étape décisive vers la mise en œuvre effective de l’Acte IV de la décentralisation, avec pour ambition de faire des territoires des leviers essentiels du développement national et d’améliorer durablement les conditions de vie des populations.

Par Mamadou Camara, journaliste

Camou Communication

Kaolack

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