Par Mamadou Camara, journaliste
Kaolack
La Coupe d’Afrique des nations 2025, censée célébrer l’unité, le talent et la progression du football africain, restera malheureusement marquée par de profondes interrogations. Des interrogations auxquelles la Confédération africaine de football (CAF) oppose, jusqu’ici, un mutisme aussi inquiétant qu’injustifiable.
L’un des faits les plus troublants de cette CAN demeure la série de malaises survenus chez plusieurs joueurs au cours de la compétition. Des images ont fait le tour du continent, suscitant émotion et inquiétude. Pourtant, aucune enquête approfondie, aucune communication officielle claire, aucun rapport médical détaillé n’a été rendu public par la CAF. Comment expliquer un tel silence lorsqu’il s’agit de la santé et de l’intégrité physique des acteurs du jeu ? Cette absence de transparence alimente naturellement les soupçons et fragilise la crédibilité de l’instance continentale.
À l’opposé de cette lenteur — ou plutôt de cette inertie — la CAF s’est montrée étrangement pressée lorsqu’il s’est agi de sanctionner le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw. Une procédure disciplinaire expéditive, menée avec une célérité remarquable, contraste fortement avec l’absence d’empressement sur des dossiers pourtant plus sensibles et plus graves. Cette différence de traitement pose une question fondamentale : la justice sportive africaine est-elle appliquée de manière équitable à tous ?
Le même constat s’impose dans l’affaire des 17 supporters sénégalais poursuivis à Rabat. Là encore, peu de prises de position claires de la CAF, peu de volonté affichée de jouer un rôle de médiation ou de protection des droits des supporters africains. Ces derniers, pourtant acteurs essentiels du spectacle footballistique, semblent abandonnés à leur sort.
Plus troublant encore, les comportements anti-sportifs relevés durant la finale, notamment de la part de certains ramasseurs de balles et de joueurs marocains, n’ont fait l’objet d’aucune sanction visible ni d’un examen sérieux. Ces actes, largement documentés, ont pourtant eu un impact évident sur le déroulement du match et sur l’image de la compétition. Pourquoi cette indulgence ? Pourquoi ce deux poids, deux mesures ?
Au fil des événements, un sentiment grandit dans l’opinion publique africaine : celui d’une CAF perçue comme partiale, accusée de favoritisme, de discrimination et d’injustice. Qu’elles soient fondées ou non, ces accusations prospèrent précisément à cause du silence et du manque de transparence de l’instance dirigeante.
Le football africain a grandi. Ses joueurs brillent sur toutes les scènes du monde, ses supporters sont passionnés et exigeants. La CAF, elle aussi, doit grandir, en assumant pleinement son rôle : protéger, arbitrer équitablement et rendre des comptes.
À défaut, le mutisme actuel risque de laisser des traces durables et de transformer la CAN 2025 non pas en une fête du football africain, mais en un symbole de désillusion et de fracture.
