Rentrée solennelle des Cours et Tribunaux :  » Le peuple est attentif. Il est entrain de jauger les juges, de douter et de les critiquer «  Analyse et décryptage du discours

Quand la Justice est mise à l’épreuve du regard populaire

À travers une phrase lourde de sens, le Président Diomaye Faye interpelle les juges sur la crise de confiance entre l’institution judiciaire et le peuple sénégalais

La déclaration du Président de la République — « Le peuple est attentif. Il est en train de jauger les juges, de douter et de les critiquer » — dépasse largement le cadre d’une simple observation. Elle constitue un acte politique fort, un signal institutionnel et un message d’alerte démocratique adressé à l’appareil judiciaire.

1. “Le peuple est attentif” : la fin de l’indifférence citoyenne

Par cette entrée en matière, le Chef de l’État reconnaît une réalité nouvelle :

le citoyen sénégalais n’est plus passif face aux décisions de justice.

Il observe, compare, analyse et réagit.

Cette phrase traduit :

une montée de la conscience citoyenne,

l’impact des réseaux sociaux et de l’espace public numérique,

une exigence accrue de transparence et d’équité.

La justice n’évolue plus dans un espace clos ; elle agit désormais sous le regard permanent du peuple souverain.

2. “Jauger les juges” : l’évaluation d’une institution

Le verbe jauger est particulièrement fort. Il signifie mesurer, apprécier la valeur, tester la crédibilité.

Le Président souligne ici que les juges ne sont plus seulement des arbitres du droit, mais des acteurs évalués dans leur pratique, leur impartialité et leur cohérence.

Cela implique :

une remise en question de l’autorité morale de la justice,

une attente de décisions fondées autant sur le droit que sur le sentiment d’équité.

La justice est ainsi placée face à un tribunal invisible mais puissant : l’opinion publique.

3. “Douter” : la fracture de la confiance

Le doute évoqué par le Président est sans doute l’élément le plus préoccupant.

Douter de la justice, c’est douter :

de son indépendance,

de son impartialité,

de sa capacité à dire le droit sans pression politique ou sociale.

Ce doute est le symptôme d’un malaise profond, hérité de :

décisions judiciaires controversées,

soupçons d’instrumentalisation,

lenteurs ou silences judiciaires dans certains dossiers sensibles.

Le Président ne crée pas ce doute ; il le verbalise, lui donne une existence institutionnelle.

4. “Critiquer” : une justice sous reddition de comptes

Enfin, la critique populaire marque une rupture avec le sacralisme judiciaire traditionnel.

La justice, longtemps perçue comme intouchable, devient discutable, contestable, interpellable.

Cette critique n’est pas nécessairement une attaque :

elle peut être un appel à la réforme,

une exigence de cohérence,

un désir de justice réellement au service du citoyen.

Le Chef de l’État semble rappeler aux juges que leur légitimité ne repose pas uniquement sur les textes, mais aussi sur la confiance sociale.

Portée politique et institutionnelle de la déclaration

En s’adressant ainsi aux juges, le Président Diomaye Faye :

ne menace pas l’indépendance de la justice,

mais rappelle sa responsabilité démocratique.

Il se positionne comme :

le porte-voix d’un peuple vigilant,

le garant d’un équilibre délicat entre séparation des pouvoirs et exigence de redevabilité.

Cette phrase agit donc comme un avertissement solennel :

une justice coupée du peuple fragilise l’État de droit.

Conclusion

Le message présidentiel est clair :

la justice sénégalaise est à un tournant historique.

Elle doit choisir entre :

se replier sur son autorité formelle,

ou se réconcilier avec le peuple par la rigueur, l’impartialité et la transparence.

Dans cette phrase courte mais dense, Diomaye Faye ne juge pas les juges.

Il leur rappelle simplement que le peuple, lui, juge déjà.

Mamadou Camara, journaliste/Communicant

Kaolack

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