Il fallait oser. Ils ont osé. À peine installés, à peine auréolés d’un vote-sanction contre le système Macky Sall, voilà que les nouveaux locataires du Palais ressortent le vieux grimoire, jauni, graisseux, déjà mille fois dénoncé : acheter la loyauté avec le sacré, huiler la politique avec la religion, maquiller la combine en piété.
Dix billets pour la Mecque. Pas pour les talibés affamés. Pas pour les paysans écrasés. Pas pour les mères qui enterrent leurs fils en Méditerranée. Non.
Pour des membres de coalition. Des militants. Des proches. Des “nôtres”. Et pour faire passer la pilule, Mimi Touré, grande prêtresse du recyclage politique, surgit avec son chapelet rhétorique et conclut, l’air grave, presque inspiré : « Priez tout particulièrement pour le Président Bassirou Diomaye Faye et pour le Sénégal. »
On est où, là ? À la Présidence de la République ou dans une caisse de tontine mystico politique ?
Ce que Macky Sall faisait en douce, en liquide, en enveloppes ou en voyages discrets, on le fait aujourd’hui au grand jour, avec communiqué, bénédiction et sourire moralisateur. C’est donc ça, la rupture ?
La même vieille politique, mais lavée à l’eau bénite ?
Les Sénégalais n’ont pas chassé Macky Sall pour voir ses pratiques ressuscitées sous un autre nom, avec les mêmes acteurs secondaires.
Car ne nous trompons pas : ce n’est pas un simple “geste religieux”. C’est un signal politique. Un message clair : la fidélité se récompense, la foi se mobilise, le pouvoir se protège.
Sous Macky, on appelait ça « tokk muuy dokh ».
Sous Diomaye, on appelle ça rupture.
Mais l’odeur est la même. Rance. Cynique. Indécente.
Et le plus obscène dans cette histoire, ce n’est même pas les billets. C’est le discours moralisateur qui les accompagne.
Cette façon de regarder le peuple droit dans les yeux et de lui dire : « C’est pour Dieu », alors que tout sent la manœuvre politicienne à plein nez. Faire du neuf avec du vieux ? Non.
C’est faire du vieux avec plus d’hypocrisie, plus de mise en scène, plus de sermons.
La foi des Sénégalais n’est pas un outil de gouvernance. La Mecque n’est pas un instrument de fidélisation politique.
Et la rupture ne se décrète pas avec des billets d’avion et des prières commandées.
La question n’est donc plus seulement “jusqu’où iront-ils ?” Mais combien de temps le peuple acceptera-t-il cette mascarade ?
Car l’Histoire est impitoyable avec ceux qui arrivent portés par l’espoir… et gouvernent comme ceux qu’ils ont fait tomber.
La rupture qui pactise avec les vieilles combines finit toujours au même endroit :
dans le cimetière des promesses trahies.
Malick BA
