Lutte sénégalaise : quand la parole dérape et trahit le role de modele

Les propos récents du lutteur Siteu, appelant implicitement les autorités à « donner du travail aux jeunes, faute de quoi il ne faudrait pas interdire le Simol », suscitent de profondes interrogations. Une sortie qui dépasse le cadre de la revendication sociale pour frôler une forme de pression dangereuse et irresponsable.

De tels propos, tenus par un lutteur de cette envergure, ne sont ni anodins ni acceptables. Un athlète de sa trempe, adulé par la jeunesse, devrait incarner l’exemple et la retenue, et non adopter une stratégie de communication qui peut être interprétée comme une incitation au désordre.

Car il faut le dire clairement : pousser, même indirectement, des jeunes à saccager, agresser ou dépouiller d’honnêtes citoyens à l’issue des combats de lutte est ignoble et condamnable. La colère sociale ne saurait justifier la violence urbaine, encore moins être légitimée par des figures publiques.

Être né et avoir grandi dans la banlieue dakaroise n’est ni une fatalité ni un stigmate. La banlieue a donné au Sénégal des cadres éminents, des intellectuels respectés, des ministres, des gouverneurs, des préfets, des magistrats, des journalistes de renom et de hauts fonctionnaires internationaux évoluant dans les plus grandes organisations du monde. La banlieue est un vivier de talents, de compétences et de réussites.

À ce titre, un habitant de la banlieue, surtout lorsqu’il est une célébrité nationale, se doit d’être un modèle, un repère positif pour la jeunesse qui l’admire et l’imite. Les propos de Siteu sont d’autant plus regrettables qu’il compte des supporters dans toutes les régions du pays. Sa parole porte, influence et engage.

Aujourd’hui plus que jamais, les lutteurs doivent être des exemples de réussite, des symboles d’ascension sociale par l’effort, la discipline et le travail. C’est grâce à la lutte qu’ils sont devenus ce qu’ils sont. En retour, ils ont une responsabilité morale envers la société.

Plutôt que d’adopter un discours de confrontation, ils gagneraient à accompagner, encourager et interpeller les institutions avec responsabilité. Les lutteurs sont des ambassadeurs du Sénégal, des défenseurs du drapeau national, et leur communication doit être à la hauteur de ce statut.

Être originaire de la banlieue dakaroise ne signifie nullement être un rebut de la société. Bien au contraire.

Sur ce point, le président de la Fédération sénégalaise de lutte a vu juste en plaidant pour la formation des lutteurs, non seulement sur le plan sportif mais aussi sur celui de la communication et du civisme. Des mesures doivent être prises pour encadrer plus strictement les prises de parole de certains lutteurs.

Les open press, souvent marqués par des débordements et des écarts de langage, ne doivent plus être des zones de non-droit. Toute dérive verbale doit être sévèrement sanctionnée, au nom de la paix sociale et du respect des valeurs républicaines.

La lutte est un patrimoine culturel, un sport national. Elle ne doit jamais devenir un prétexte à l’anarchie.

Par Mamadou Camara, journaliste

Camou Communication

Kaolack

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