La nation sénégalaise est encore sous le choc après la disparition tragique de l’étudiant Abdoulaye Ba à l’Université Cheikh Anta Diop. Un drame qui intervient dans un contexte déjà lourd, marqué par une affaire de mœurs qui secoue l’opinion publique et fragilise davantage le climat social et universitaire.
Pendant que des familles pleurent, que des étudiants regagnent leurs foyers par crainte ou par désillusion, certains acteurs politiques semblent avoir choisi un autre agenda.
Le samedi 14 février 2026, le PASTEF annonce un conclave politique à Keur Gane, à Médina Baye. Le même jour, la Coalition Diomaye Président prévoit une rencontre politique au cœur de Kaolack. Le mouvement Aar Sunu projet qui devait organiser une assemblée générale pour le renouvellement de ses instances a annuler son programme qui était retenu le même jour au Cœur de Ville
Selon Pape Simakha, le coordonnateur national, le contexte n’est pas favorable pour organiser des activités politiques.
La question n’est pas juridique. Elle est morale.
Est-ce le moment opportun pour organiser des rassemblements politiques alors que l’émotion nationale reste vive ? Est-ce le bon timing pour des démonstrations de force ou des stratégies d’implantation pendant que le monde universitaire traverse l’une des périodes les plus sensibles de son histoire récente ?
Les universités sont des baromètres sociaux. Lorsque l’UCAD vacille, c’est le pays qui tremble. Lorsque des étudiants quittent le campus pour retourner dans leurs familles, c’est un signal d’alarme.
La responsabilité politique ne se limite pas à la conquête ou à la consolidation du pouvoir. Elle implique une capacité d’écoute, une intelligence du contexte et surtout une décence dans le choix des priorités.
Le moment appelle au recueillement, au dialogue, à des solutions concrètes sur la crise universitaire et les tensions sociales. Il appelle à des concertations avec les acteurs académiques, à des mesures pour sécuriser les campus, à un apaisement du climat général.
Organiser des rencontres partisanes dans un tel contexte peut être perçu comme une indifférence aux douleurs collectives. Même si l’intention n’est pas de banaliser les événements, l’image renvoyée interroge.
La politique ne doit pas être un folklore déconnecté des réalités humaines. Elle doit être une réponse aux crises, non un spectacle parallèle.
L’intelligence politique, c’est savoir quand parler.
La morale publique, c’est savoir quand se taire.
À défaut, le fossé entre gouvernants, coalitions et citoyens risque de se creuser davantage.
Mamadou Camara
Journaliste
