À l’approche des fêtes religieuses, la distribution de kits alimentaires aux populations vulnérables devient une scène presque rituelle. À première vue, il s’agit d’un acte de générosité. Mais à Kaolack, cette pratique révèle aujourd’hui un visage beaucoup plus calculé.
Des responsables politiques, qu’ils soient députés ou figures locales de Pastef, continuent à organiser ces distributions avec un sens aigu de la mise en scène. Les caméras sont présentes, les journalistes conviés, et même les influenceurs ou « toknyokeurs » locaux sont invités à relayer l’information. Ce qui aurait dû être un acte de solidarité devient ainsi un outil de visibilité politique. Loin de se limiter à l’aide aux familles, ces distributions se transforment en une opération visant à capter l’attention de l’opinion publique, à renforcer une image de proximité et à s’assurer un capital politique pour l’avenir.
Derrière ces gestes, les attentes sont claires : obtenir reconnaissance, légitimer son action politique, et créer un sentiment de dette ou d’obligation chez les bénéficiaires. Ce calcul politique, subtil mais bien réel, détourne le sens même de la solidarité. Les familles bénéficiaires, souvent filmées et exposées, deviennent malgré elles des outils d’affichage, et la dignité humaine est parfois mise entre parenthèses pour l’image.
On pensait que l’APR avait amorcé une rupture avec cette habitude, en privilégiant des gestes plus discrets et respectueux. Mais à Kaolack, certains acteurs de l’opposition, censés représenter le changement, entretiennent ces pratiques. Ce paradoxe met en lumière la difficulté de séparer véritable solidarité et ambition politique dans notre contexte local.
Il est urgent de repenser la manière de venir en aide aux plus démunis. La vraie générosité ne se mesure pas en audience ni en retombées médiatiques. Distribuer sans bruit, sans photographe et sans calcul politicien, c’est cela le véritable respect des familles et de la dignité humaine. Kaolack mérite des responsables capables de comprendre que la solidarité n’est pas un outil de promotion personnelle, mais un engagement sincère envers ceux qui en ont le plus besoin.
Mamadou Camara, journaliste
Camou Communication
Kaolack
